Comme sur certains points j'ai résumé, condensé, parfois, un travail assez long, et exprimé en quelques mots ce qu'il serait facile de délayer en vingt pages, je considère le sujet comme suffisamment étudié; d'autres peut-être feraient mieux, mais pas moi.—J'ai dit tout ce que [je] sais, et, lorsque se représentent de nouveau le mensonge, l'erreur ou la bêtise que j'ai voulu combattre, je reproduis sans scrupule ma réponse déjà faite aux mensonges, erreurs ou bêtises déjà combattus.

J'ai ma poudrière et mon sac à plomb garnis, et je ne me crois pas obligé, pour chaque coup de fusil, de fabriquer de nouvelle poudre et de fondre de nouvelles balles.

Quand un bûcheron veut abattre un arbre, il donne de nouveaux coups précisément dans l'entaille que sa hache a faite au premier coup.

Quand le marin veut atteindre, accoster telle île ou telle embarcation, il donne des coups d'aviron répétés,—égaux, mesurés, cadencés, et d'autant plus puissants qu'ils sont toujours les mêmes.

J'ai, depuis longtemps, des principes fixes, des idées arrêtées sur les hommes et sur les choses, moins variés qu'on ne croit, formant un cercle, tournant en rond et se reproduisant les uns après les autres.—J'appelle par son nom chaque homme, chaque mensonge, chaque bévue, chaque infamie, à mesure que chacun ou chacune repasse.

Certes, il me serait plus facile de varier mes formules si j'avais un certain nombre de fois modifié mes principes, mes opinions, mes jugements.

On vient de discuter, pour la vingtième fois, plusieurs questions à la Chambre des députés.—Eh bien, ces questions, je les ai laborieusement étudiées, je me suis formé des sentiments qui n'ont pas changé et ne changeront pas.

Sur la question des vagabonds, par exemple, et des mendiants, je ne puis que répéter ce que j'ai dit plus d'une fois: Il faut distinguer le «pauvre» par vieillesse, par maladie, par manque de travail,—le pauvre de situation,—du pauvre de profession, qui, dans la mendicité, a trouvé des ressources plus fortes que ne pourrait lui en donner le travail.—Ces pauvres de profession sont les parasites des vrais pauvres; par leur effronterie, par leurs importunités opiniâtres, ils interceptent la charité et l'empêchent d'arriver aux vrais pauvres.—Ces pauvres de profession, ces mendiants audacieux, ces vagabonds sont les voleurs et les assassins de demain.

Eh bien, que chaque commune garde ses pauvres;—elle saura ceux qui ne peuvent pas travailler et gagner leur vie, par la vieillesse, par l'infirmité, par la maladie,—par le manque d'ouvrage;—elle verra si cette situation cesse et quand elle cessera,—si la commune est pauvre elle-même, elle sera soutenue par le département.

Il vient de se faire une campagne contre le Laboratoire de Paris, qui ne réprime qu'une partie des fraudes des marchands de vins;—je ne sais si l'administration du directeur a été parfaitement correcte, mais les attaques visaient l'institution, et non pas lui; les marchands de vins, qui sont aujourd'hui un des pouvoirs de l'Etat, voulant détruire une surveillance incommode qui les gêne dans une industrie qui consiste à voler et à empoisonner les populations,—il faut pourtant, puisque cette question se représente, que je répète ce que j'ai déjà dit tant de fois.