Si l'acheteur glissait au marchand de vins de fausses pièces de cent sous, il serait arrêté, emprisonné, frappé de grosses amendes comme voleur,—peut-être mis aux travaux forcés comme faux monnayeur.
Si le chaland mettait dans la marmite de l'épicier ou du marchand de vins de l'arsenic ou tout autre substance toxique, il serait arrêté et jugé comme empoisonneur, et subirait les peines édictées par la loi.
Eh bien, le marchand de vins et l'épicier qui volent et empoisonnent l'acheteur font juste ce que ferait l'acheteur qui volerait ou empoisonnerait l'épicier et le marchand de vins. Pourquoi des synonymes atténuants et doucereux? pourquoi vente à faux poids, sophistication, etc.,—pourquoi ne sont-ils pas également punis des mêmes peines?
M. Pelletan, député, en pleine Assemblée, vient de faire le panégyrique des féroces assassins de l'ingénieur Watrin, de Decazeville, et d'insulter à la mémoire de la victime, prétendant qu'il fallait amnistier ces pauvres assassins et ne pas les exaspérer. «Les amnistier, s'est écrié un autre député, M. de Lanjuinais; que MM. les assassins commencent!»
Cette fois, ce n'est pas moi qui me suis répété.
Je vois entre parenthèses. (Rires); c'était cependant ce qui s'était dit de plus raisonnable et de plus sérieux dans cette scandaleuse réunion.
Eh bien, supposons que la chose et l'homme en valussent la peine, que je cherche et probablement trouve un mot, un terme, une formule qui exprimerait combien a été odieux, absurde, criminel et bête le discours de M. Pelletan. Supposons qu'un de ces jours, il recommence, en vue d'une ignoble popularité, à proférer des élucubrations ou des discours analogues, je n'hésiterai pas répéter le terme dont je me serais servi si, du premier coup, il avait suffisamment exprimé ma pensée.
A ce propos, lors de l'horrible catastrophe de Saint-Étienne, deux ingénieurs se sont fait intrépidement descendre dans le puits et en ont été retirés plus d'à moitié morts.
M. Basly, l'ex-cabaretier,—s'est écrié tout de suite que c'était la faute des patrons et des ingénieurs.—On ne dit pas quelle part de ses vingt-cinq francs il a donné pour les familles des victimes;—les ministres Guyot et Constans se sont portés sur les lieux et, lâchement, n'ont pas oser décorer les deux ingénieurs.—Quant aux ouvriers, ce n'est pas ces deux hommes qui se sont si intrépidement, si noblement dévoués pour les secourir,—qu'ils aimeront, qu'ils écouteront, auxquels, le cas échéant, ils donneront leurs voix pour les représenter à la Chambre: ce sera à M. Basly.—Eh bien, quand j'aurai dit une fois que M. Basly, l'ex-cabaretier, l'entrepreneur, l'impresario de grèves et d'émeutes est un animal dangereux, une bête puante et enragée, surtout pour le malheur des ouvriers!—chaque fois que reparaîtra M. Basly, je répéterai que M. Basly est un animal dangereux et une bête puante et enragée, qu'il serait juste et salutaire de jeter au fond d'un puits, en plein grisou, avec autant de calme que le «divin» Homère répète et donne sans cesse à Achille le nom d'Achille aux pieds légers ποδας οχυς [podas ochus]—et Agamemnon celui de roi des hommes αναξ ανδρων [anax andrôn].
Pour finir sur ce point, j'adresse mes remerciements à ceux qui ont remarqué mes répétitions; car c'est une preuve qu'ils m'ont lu au moins pendant deux fois.