Je vais me «répéter», reproduire quelques courts passages d'un livre que j'ai publié il y a une vingtaine années et qui a pour titre: On demande un tyran.
Ce livre contient des prédictions dont la plus grande partie ne s'est déjà que trop réalisée.
«On proclamait l'amnistie, et on allait en grande pompe recevoir aux frontières et dans les ports tous les citoyens, tous les «martyrs»;—ils «rentraient dans leurs droits», et étaient non seulement électeurs, mais candidats acclamés plutôt qu'élus. M. Gambetta n'était nommé qu'à une faible majorité.—On voyait pêle-mêle entrer à la députation, d'abord tous les condamnés, déportés, etc., puis les plus compromis des «socialistes», puis tous les piliers d'estaminet, les orateurs de taverne, les forts au billard, etc.»
On redémolissait la maison de M. Thiers, on supprimait le Rappel,—on donnait des avertissements à la République française, le Journal officiel s'appelait la Carmagnole, on élevait des statues aux martyrs de la Commune, assassinés par les Versaillais,—la propriété étant décidément le vol, on faisait rendre gorge aux propriétaires.
Mais bientôt ce ministère était déclaré traître et l'Assemblée réactionnaire:—nouvelle dissolution,—nouvelles élections,—avènement d'une nouvelle couche sociale.
Entrent alors à l'Assemblée, les souteneurs de filles, les marchands de chaînes de sûreté,—les croupiers des trois cartes,—les victimes de la police correctionnelle et les martyrs de la cour d'assises.
Le ministère se compose de Polyte, de Gugusse et d'un fils naturel de Troppmann;—on déclare Ça ira l'air national,—mais ce gouvernement est bientôt à son tour traité de réactionnaire, Polyte, Gugusse et Troppmann fils se trouvent bien au pouvoir, s'y défendent par la force et se déclarent triumvirs.
Alors,—de mon rêve,—je ne me rappelle qu'une confusion de gâchis, de boue et de sang, des fuites, des exils, des pillages, des incendies, des pendaisons, des têtes coupées.
Puis je vis les murs de Paris couverts d'affiches:
ON DEMANDE UN TYRAN