»La liberté! c'est un vin trop pur et trop généreux pour vos pauvres têtes:—vous naissez gais, à moitié ivres, il n'en faut pas beaucoup pour vous achever.
»La liberté! c'est le pain des forts, des justes et des vertueux. A bas les pattes!—à bas les gueules!
»La liberté,—la sainte liberté,—vous ne la connaissez seulement pas;—vous ne vous croyez libres que quand vous êtes oppresseurs.
»Résignez-vous à m'obéir; n'essayez pas de résistance, vous savez bien que vous n'êtes pas braves;—vous savez bien que vous avez laissé ou plutôt fait tuer en les abandonnant le très petit nombre de républicains et le nombre plus grand de dupes, derrière lesquels vous vous abritiez...
»La France s'est dégoûtée de son bonheur,—la mode d'être heureux a cessé à la suite d'une maladie.
»Cette maladie vient de trop parler et de trop écouter parler.
Pour sauver le pays d'une ruine complète,—il est nécessaire d'appliquer une malédiction énergique, et, me conformant à l'exemple d'un autre tyran, mon prédécesseur chez les Grecs: «Il condamne Sparte à servir, Athènes à se taire.»
Lacedæmon servire jubet, Athenas tacere.
»J'ordonne un silence complet pendant un an; pendant cette année, chacun remettra dans son esprit un certain ordre logique qui consiste à penser avant de parler,—ordre qui s'était misérablement interverti:—le Français s'était accoutumé à lire, tous les matins, dans les journaux, ses opinions et ses pensées toutes faites pour la journée, comme son pain tout cuit;—son esprit, faute d'exercice, est devenu paresseux, puis s'est ankilosé et atrophié...
»Au bout d'un an de ce règne du silence, nous verrons s'il convient de le modifier ou de le prolonger.