S'il est un peuple qui aurait pu se passer des autres et rester paisiblement chez lui, c'est le peuple français. «Toutes les nations voisines, disait le roi de Pologne Stanislas Leczynski,—doivent devenir tributaires du peuple cultivateur d'un bon sol, s'il est encouragé et soutenu dans son travail.»
Placé au milieu de l'Europe, d'une part, dominant sur l'océan par la longue étendue et les détours de ses côtes, sur les mers des Flandres, d'Espagne, d'Allemagne; de l'autre, tenant à la Méditerranée—vis-à-vis de l'Algérie, qui est à lui, l'Espagne à sa droite, l'Italie à sa gauche,—quelle situation si la France savait en profiter!—un sol presque partout excellent et fertile.
Le Français, cultivateur laborieux et guerrier intrépide à l'occasion, devait être le plus heureux et le plus respecté des peuples—le commerce restant, comme il l'a été toujours, une source accessoire de bénéfices—ayant plus à vendre qu'il n'aurait besoin d'acheter.
«Voulez-vous, dit un ancien, conquérir une riche province?—Cultivez les terres incultes.»
Aujourd'hui, un tiers du sol de la France, et pour la plupart des terres excellentes, reste en friche.
La France a de plus l'Afrique, à la fois pépinière et gymnase de soldats, et un sol riche et d'une étendue immense, qui est bien loin d'être exploité et d'être mis en rapport; et, pendant ce temps, des hommes d'État de café, des hommes politiques de taverne, commettent le crime aussi bête que punissable de dépenser des centaines de millions et des centaines de mille de soldats et de marins pour s'emparer du Tonkin, climat meurtrier, où les usurpateurs sont sans cesse entourés d'ennemis acharnés et implacables, avec aucune chance de soumission réelle et de paix.
«Nos ancêtres, dit Caton l'Ancien, dans son livre De re rustica, des travaux de la terre,—lorsqu'ils voulaient louer un bon citoyen, lui donnaient le titre de bon agriculteur;—cette expression était pour eux la dernière limite de la louange.
«C'est parmi les agriculteurs que naissent les meilleurs citoyens et les soldats les plus courageux; que les bénéfices sont honorables, assurés, et nullement odieux.—Ceux qui se vouent à l'agriculture n'ourdissent point de mauvais projets (Minime sunt mali cogitantes).»
Les voies ferrées, je ne le nierai pas, le transport facile et rapide des denrées peut donner plus de richesses avec plus de risques;—mais donne-t-il plus de bonheur?—Ce «progrès» est-il un pas en avant vers le perfectionnement et le bonheur de l'humanité?
J'ai consulté les vieillards d'un petit port de pêche, devant lequel passe un chemin de fer seulement depuis quelques années.