Je dois commencer par remercier MM. Stevens et Gervex de ne pas avoir oublié dans leur intéressant ouvrage—un homme qu'à tout autre, il était facile et permis d'oublier; un homme qui a toujours vécu loin de tout et de tous,—qui n'a jamais fait partie de rien,—qui ne s'est jamais affilié ni à un parti, ni à une école, ni à une secte, ni à une coterie, et qui n'est pas même gendelettres.

Ce devoir accompli avec justice et plaisir,—je vais parler du panorama:

Tout le monde est d'accord sur la grandeur et la noblesse de l'idée, sur l'habileté, l'intelligence, le goût avec lesquels les personnages sont groupés,—sur la frappante ressemblance d'un si grand nombre de portraits, sur les brillantes et rares qualités de l'exécution.

Cette œuvre présentait deux grandes difficultés: la première, de n'oublier aucun de ceux qui avaient droit d'y figurer;—la seconde, de ne pas se laisser influencer et circonvenir par des importunités, des obsessions, des exigences, des camaraderies, des pressions, pour donner à certaines personnes dans le panorama une place qu'elles n'ont pas occupée ou n'occupent pas dans le siècle ni même dans la vie,—de gens qui n'existent que dans le panorama, et qu'il s'agissait non de reproduire, mais de produire.

Nous allons commencer par le premier point—et signaler aux éminents auteurs de l'œuvre quelques oublis involontaires, quelques erreurs—qu'il leur sera facile de réparer;—aussi et tout à l'heure, nous leur en dirons les moyens; probablement je me contenterai d'avoir indiqué le second point.

Je commence par une critique,—l'homme chargé, une baguette à la main, d'énumérer les personnages,—l'homme chargé de la préface, de la notice, de la brochure explicative,—n'aurait pas dû être un homme se mêlant de politique, affilié, qui plus est, à une coterie;—cette exhibition ne pouvait être faite qu'avec une complète impartialité,—une parfaite sincérité, comme les peintres en donnaient si bien l'exemple; cette notice devait être une notice comme le promettait son titre, et non une œuvre de politique boursouflée.

Elle devait s'adresser à tous les visiteurs du panorama et ne pas imposer des opinions, des appréciations qui ne seront acceptées que par un petit nombre.

M. Reinach—lui, je crois d'ailleurs, figure parmi les illustrations du siècle,—déclare Necker probe et austère;—eh bien, tout le monde n'est pas d'accord sur le droit à ces épithètes du financier genevois.

Il eût fallu désigner au moins avec respect Louis XVI, qui va être assassiné par un semblant de justice et ne pas dire, en croyant faire de l'esprit: «Louis XVI, bon, doux et gros.»

Il ne fallait pas appeler «l'Autrichienne» cette reine assassinée, comme son époux, après avoir été l'idole des Parisiens. Il ne fallait pas appeler «la Belle dame» madame de Lamballe, aussi assassinée et dont le cadavre fut si odieusement profané.