Causons maintenant avec MM. Stevens et Gervex.
Vous avez représenté M. Daguerre comme l'inventeur de la photographie, de l'héliographie, etc.
Eh bien, on vous a trompés.—M. Daguerre n'est nullement l'inventeur—et voici l'histoire irrécusable de l'inventeur;
L'inventeur est M. Nicéphore Niepce—qui avait obtenu les premiers résultats.—M. Daguerre, qui faisait des recherches à ce sujet, abusa de la candeur, de la naïveté d'un homme de génie—et l'amena à l'associer avec lui, sous prétexte de perfectionnements alors inconnus et des avantages que lui donnait sa position pour propager l'invention.—Voici, du reste, le traité qui fut fait entre eux.
Article premier.—Il y aura entre MM. Niepce et Daguerre une société sous la raison Niepce et Daguerre pour coopérer aux perfectionnements de la découverte inventée par M. Niepce et perfectionnée par M. Daguerre.
Art. 2.—M. Niepce apporte son invention et M. Daguerre une nouvelle combinaison de chambre noire, ses talents et son industrie, et les bénéfices seront partagés entre M. Niepce pour son invention et M. Daguerre, pour ses perfectionnements.
M. Daguerre, grâce à la protection d'Arago, qu'il trompa,—se substitua à Niepce,—qui mourut ruiné.—M. Daguerre escroqua la gloire et aussi les profits, la rosette d'officier de la Légion d'honneur, et je crois, une pension. Je ne sais par quelle finesse, quelle influence il obtint du fils de Niepce, malgré les conventions formelles du traité,—peut-être pour un peu d'argent à l'héritier sans héritage—l'autorisation de donner son nom de Daguerre à l'invention de Niepce.
Voilà donc une figure à changer—et vous ferez justice. On vous a laissé oublier Frédéric Sauvage l'inventeur des hélices;—moi qui ai eu l'honneur de défendre Sauvage contre l'oppression et d'être son hôte pendant deux ans dans ma petite maison de Sainte-Adresse, je sais ce qu'il y a subi et courageusement supporté de luttes, de mauvais vouloir, de tentatives d'escroquerie—de misères.
On vous a laissé oublier Pradier, le grand sculpteur, dont on disait alors que c'était Praxitèle ayant changé la dernière syllabe de son nom, et aussi Carrier-Belleuse.
Gudin, le grand peintre de marine dont tant de tableaux sont à Versailles.