M. Reinach—annonce que «la France renaît et étonne le monde par la rapidité de sa régénération, par le règne de la liberté».
Eh bien, il est des gens qui ne voient pas ni liberté ni régénération, sous le gouvernement de MM. Constans, Rouvier, de Freycinet, etc., et au moins une grande partie du monde s'étonne du degré d'abaissement où ce grand et noble pays est tombé.
Ce que les acheteurs de cette notice demandent, c'est un catalogue explicatif,—une notice pour reconnaître une figure,—et non des opinions toutes faites sur les hommes et sur les choses, et non les opinions et les idées de M. Reinach.
Depuis quelque temps, il est à la mode d'assigner à Victor Hugo une place plus haute et plus large encore, dans l'histoire du siècle, que celle qui lui appartient légitimement, et qui déjà est bien belle. Cette apothéose est due en très grande partie au zèle et à l'enthousiasme nouveau des républicains et soi-disant républicains, qui l'accablaient de tant d'injures et d'avanies en 1828, lorsqu'il était légitimiste; en 1830, lorsqu'il était orléaniste; en 1848, lorsqu'il était bonapartiste;—je me rappelle qu'en 1830, et 1848, le National, qui était alors à la tête du parti républicain, ayant découvert que Victor Hugo était vicomte disait: «Il ne manquait à M. Hugo que ce ridicule.»
Je répondis au National: «Soyez plus indulgent, ce n'est pas sa faute, c'est de naissance.»
Et combien connaissez-vous de gens ayant assez de modestie ou d'orgueil pour laisser trente ans au hasard, qui vous l'a fait découvrir, la révélation de cette tare?
Victor Hugo est un grand poète, un très grand poète, un des grands poètes dont s'honore la France;—mais il n'est que cela.—Certes c'est beaucoup, et cela assigne une haute place et fait une belle destinée.
Mais ce ne fut jamais ni un caractère, ni un philosophe, ni un grand homme.
Lamartine—qui n'a droit qu'au second rang comme poète, en 1848, de grand poète monta grand homme et héros.
Pour expliquer, pour justifier toutes les mobilités opposées des principes et des opinions de Victor Hugo, il faut comparer la nature de son génie à un beau lac dont les eaux limpides réfléchissent comme un miroir, les arbres et les palais qui l'entourent devant, derrière à droite et à gauche—et aussi le ciel et les formes changeantes des nuages qui voguent dans l'azur, et les splendides couleurs de l'aurore et du couchant—le tout avec calme inconscience, sans préférence et sans choix.