Cet homme est un lâche assassin!—si vous admettez, par impossible, le récit qu'il vous fait comme étant la vérité et toute la vérité, il mériterait encore et déjà la mort par cela seul qu'il est vivant.
Mais, cette femme, il a pu la désirer sauvagement;—mais l'aimer! il se vante. S'il l'eût aimée—il n'eût pas laissé son corps nu à découvert après la mort.
A MONSIEUR ERNEST LEGOUVÉ
DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
J'ai trois raisons d'adresser cette causerie à Ernest Legouvé.—Il est académicien, et mes chrysanthèmes sont en fleurs.
Ces deux raisons seront expliquées un peu plus loin.
Camarades de collège, nous sommes devenus et restés amis, quoique «physiquement» séparés à peu près toujours, de son côté, par le bonheur et la sagesse qu'il a eus de passer sa vie à Paris dans la maison où il est né et où a vécu son père, tandis que, moi, j'ai obéi à des instincts, à des goûts, à des besoins impérieux de vivre aux champs, aux bois, sur les rives et sur les plages.—Je n'ai jamais eu l'occasion ni le plaisir de lui être bon à quelque chose, et, moi, je lui ai attribué, au moins pour une grande part, un honneur que m'a fait l'Académie, il y a, je crois, une dizaine d'années.
Ceux qui se sont donné le plaisir de lire un livre qu'il a publié en 1887.—Soixante ans de souvenirs—et qui auraient lu par hasard celui que j'avais publié quelques années auparavant—le Livre du bord—auraient pu remarquer le contraste de la destinée de ces deux camarades, à peu près, je crois, du même âge et sortant en même temps du collège pour entrer dans la vie.
On pourrait se représenter—au moment où la porte du collège s'ouvrait pour tous les deux—l'un montant dans une gondole pavoisée, mouillée d'avance à la porte et descendant doucement et sans secousses entre des rives fleuries jusqu'à une oasis où l'attendent des amis et des succès de tous genres; l'autre gravissant à pied une montagne escarpée, couverte de ronces et d'épines, ne sachant pas précisément où il allait, mais décidé à monter.