—Prado a été condamné à mort, quoique son avocat dît, dans son plaidoyer—qu'il ne croyait guère à la légitimité de la peine de mort prononcée par la loi et la société.

L'autre était plus qu'un scélérat, c'est un monstre et un lâche.

Il a assassiné une honnête femme, mère de famille. Il prétend, contre toute vraisemblance, que lui et elle voulaient mourir ensemble; il l'avait tuée d'une main ferme, de deux coups de pistolet—et qu'ensuite lui-même, avec quatre balles restées dans le pistolet et vingt-deux balles dans la poche, il s'était contenté d'une blessure ridicule, laissant sur un lit le cadavre nu jusqu'au-dessus de la ceinture. Non seulement il avouait le crime,—mais il s'en vantait comme d'une action admirable, sublime.—Il a fait venir de Paris le bâtonnier de l'ordre des avocats,—chargé de déshonorer sa victime, et qui s'en est acquitté de son mieux.

Un gamin de lettres est venu à l'audience le glorifier, sans que le président ait fait jeter le gamin à la porte du prétoire.

Le ministère public n'a pas osé requérir la peine de mort, dans la crainte de venir en aide à une vieille rengaine, à une vieille rouerie, à une vieille «ficelle» de la défense: «L'accusé aime mieux la mort que le bagne.» L'avocat général n'a pas osé parce qu'il courait le risque, en demandant la mort de ce monstre, de provoquer un acquittement. Dans ce crime, que toutes les circonstances rendaient plus horrible, le jury a trouvé des circonstances atténuantes, et M. Chambige en est quitte pour sept ans de travaux forcés.

Le lendemain de la condamnation, ses amis «littéraires» ont voulu avoir leur part dans la notoriété, dans la gloire de M. Chambige, et un d'eux a vu une occasion de célébrité et de bénéfices, en faisant annoncer dans les journaux un livre dédié au condamné!—espérant que ça se vendrait bien et aurait trente-sept éditions comme tant d'autres.

Comment le ministère public eût-il dû risquer un acquittement qui n'eût guère été plus scandaleux que la peine dérisoire—dont ce lâche, que son avocat avait dit «préférer la mort au bagne,»—se donne bien de garde d'appeler et se trouve satisfait!—comment l'avocat général n'a-t-il pas dit:

«Chambige, je requiers contre vous la peine de mort.—Soyez heureux que la loi et la justice vous débarrassent d'une vie désormais honteuse et misérable, d'une vie que, en admettant la fable dont vous avez accru votre crime, vous deviez à la morte, et que vous avez tenté par tous les moyens de lui escroquer.»

Cet avocat n'osait pas demander la peine capitale dans la crainte d'un acquittement pour un crime monstrueux commis par un homme ne méritant aucune pitié.

Cet autre avocat,—également ministère public, demandant et obtenant la mort de l'accusé, mais disant qu'il n'est pas certain que la société ait le droit de tuer—me font voir—une fois de plus—qu'il est des absurdités, des bêtises qui ont la vie bien dure et qu'il faut tuer plusieurs fois.