Ah! oui,—Balzac! parlons-en de Balzac.

On dit aujourd'hui «le grand Balzac», et, de son vivant, pendant la lutte qui l'a tué si jeune et en plein talent, on le discutait, on le contestait, on le niait, on le vilipendait.

Il faut ici rappeler l'Auvergnat qui se plaint à son gargotier de trouver un soulier d'enfant dans la soupe.

Balzac,—les livres de Balzac, ce n'était pas que ce fût sale,—mais «ils tenaient de la place», une place que chacun de ses impuissants détracteurs pensait pouvoir occuper, si Balzac ne l'eût usurpée.

Balzac!

J'ai été le seul alors à dire et à imprimer:

«L'Académie de notre temps veut avoir aussi son Molière à ne pas nommer.»

Deux procès simultanés ont excité singulièrement des intérêts différents.

Prado était un voleur, un assassin, un scélérat de profession;—il était accusé d'avoir assassiné une fille publique pour lui voler ses diamants;—il le niait avec une invincible obstination, beaucoup d'adresse, de sang-froid, je dirai presque de talent,—malgré beaucoup de faits, on peut dire de preuves à l'appui de l'accusation.—Pour mon compte, je crois qu'il a assassiné Marie Aguettant; mais je ne sais si j'aurais osé le condamner à mort—faute d'une de ces preuves auxquelles l'accusé n'a plus rien à répondre et qui lui arrachent soit un aveu, soit un silence équivalent à un aveu.

Si je le crois coupable,—ce n'est pas sur les preuves avancées par l'accusation, quelque graves et vraisemblables qu'elles soient; c'est sur sa défense même si habile, si adroite, si troublante; c'est une plaidoirie d'un avocat très fort, et si son avocat avait assassiné Marie Aguettant, et, si Prado avait été le défenseur—peut-être l'accusé eût été acquitté ou eût obtenu des circonstances atténuantes.—Mais cette défense est une plaidoirie d'avocat; pas un cri, pas une phrase, pas un mot d'innocent.