Ils sont où ira bientôt la foule à la suite des documentaires, naturalistes, etc.,—dont trois, disons quatre pour être gracieux, survivront à la mode.

Avec cette différence cependant que—vu le grossissement—la foule, la tourbe à la suite des romantiques se composait de fous, et que celle à la suite des documentaires se compose d'enragés.

Nous venons d'en voir une triste et odieuse preuve dans un procès récent dont j'ai déjà dit quelques mots et dont je vais reparler tout à l'heure.

Parmi les écrivains, surtout parmi les contemporains, quelques-uns joignent à un véritable talent—la manière de s'en servir, de le mettre en valeur.—Quelquefois même ce don complète ou remplace même le talent à un certain degré.

Décidés à arriver, ne se contentant pas du rêve démodé de la «postérité», ils se font une petite armée qu'ils payent de promesses magnifiques; s'ils marchent à la tête, c'est pour enfoncer les portes, pour préparer le festin auquel tous auront part;—pour une armée en campagne, il faut un drapeau et une devise.

Saint-simonisme—romantisme, naturalisme, etc.,—il en est de même pour la politique, démocratie, intransigeance, irréconciliabilité—possibilisme, anarchie, etc.

Je compare les uns et les autres à des aéronautes qui ont besoin d'aides pour s'élever,—ceux-ci cousent le ballon et fabriquent la nacelle,—d'autres, et c'est le plus grand nombre, s'essoufflent à le gonfler. Ah! comme vous soufflez bien! quel génie! c'est vous qui faites tout!—encore un peu de courage et nous allons monter pour le moins à la lune. La nacelle est un peu petite, mais l'aéronaute dit en confidence à chacun de ses ouvriers qu'il compte n'emmener que le choix, les meilleurs, et qu'il est naturellement un des choisis;—tous se cramponnent aux cordes qui retiennent le ballon, et, tout à coup, l'aéronaute monte dans la nacelle, s'installe, et, tout à coup, crie: Je vais vous préparer les logements Lâchez tout!

On lâche les cordes, il s'élève et plane, laissant ses aides stupéfaits, ahuris, essoufflés avec les bouts des cordes dans les mains.

Il est une question assez difficile à résoudre: Est-ce la société qui agit sur la littérature? Est-ce la littérature qui agit sur la société?—Je crois que l'influence est mutuelle et réciproque—et qu'il n'y a pas plus de mauvais goût et de décadence à écrire certains volumes, qu'il n'y en a à les lire.—Encore un souvenir du collège; te rappelles-tu une certaine lettre de Sénèque à Lucilius? «En certain temps, dit-il, la façon de parler et d'écrire se corrompt,—l'enflure devient à la mode, inflata oratio viget;—il y a un vieux proverbe grec qui dit: «On a toujours parlé comme on a vécu, talis oratio qualis vita.—L'esprit dégoûté des choses ordinaires, affecte de s'exprimer d'une nouvelle façon; il va chercher des mots hors d'usage, il en invente ou change le sens de ceux usités ou en emprunte à une langue inconnue. Partout où vous verrez prendre goût à un langage corrompu, soyez certain que les mœurs y suivent une mauvaise pente—a recto descivisse.» Ainsi parle Sénèque.

Dans «l'affaire» Chambige, un avocat a fortement tonné contre la littérature contemporaine; le ministère public,—autre avocat, en vue peut-être de se rendre les journaux favorables et de leur subtiliser, extorquer un «bon article», a pris la défense de cette littérature, du «grand Balzac» et de ses «continuateurs».