«Défendons-nous jusqu'à la mort; et, d'ailleurs, si l'Angleterre doit périr, il vaut mieux que ce soit ce soir que ce matin.»
La danger qui menace la langue française—se compose de plusieurs dangers:—la tribune politique, où les avocats, en majorité, ont apporté la faconde creuse sans mesure et sans responsabilité du palais;—les clubs, les réunions publiques, les conférences, où s'en donnent à cœur joie les Démosthènes du ruisseau,—des ouvriers qui ont adopté la profession «d'ouvriers sans ouvrage», récitent des articles de journaux que ces journaux reproduisent et que d'autres orateurs récitent à leur tour;—à la Chambre des députés, chaque incident chaque «question» amène ses deux ou trois petits barbarismes—les journaux eux-mêmes nécessairement improvisés—ce qui est leur moindre défaut.
Ces nuées de sauterelles s'abattant sur le papier blanc, ces innombrables phalanges d'écrivains ou mieux d'écriveurs, la plupart illettrés encombrant le rez-de-chaussée des journaux et se hissant par l'influence des journaux jusqu'aux libraires: le besoin pour ceux qui se sentent incapables d'intéresser, s'efforçant d'étonner—«d'épater», comme on dit aujourd'hui,—la critique hostile ou complaisante ou payée, engouement ou dénigrement;—les lecteurs dupes des réclames de deux francs à dix francs la ligne qui vendent les journaux aux libraires, lesquels annoncent la trente-septième, la soixante-treizième édition des livres qu'ils publient souvent en faisant payer le papier, l'impression et les annonces aux auteurs.
Ajoutons la mode d'emprunter à la langue anglaise une foule de mots non seulement pour la chasse, la pêche, l'équitation, le canotage, tous les exercices,—mais encore pour les jeux et pour «le monde» une assemblée, etc., select—high life—lunch—five o'clock.
Tout conspire contre notre belle langue française, que presque seuls parlent aujourd'hui correctement et noblement les étrangers qui l'ont apprise par la lecture des écrivains du siècle dit de Louis XIV—et du dix-huitième siècle.
Pourquoi l'Académie ne publierait-elle pas mensuellement des cahiers de critique sérieuse, de bonne foi, où elle lutterait peut-être avec autorité contre le mauvais goût et la décadence.
Après avoir dit les dangers, je crois devoir aussi réduire les craintes à leur proportion réelle.
La phalange naturaliste, intransigeante, documentaire d'aujourd'hui, n'est qu'une imitation avec grossissement, comme disent les photographes, de la phalange romantique de 1830.
Il y avait alors dans cette armée une quinzaine d'hommes de talent—dont huit ou dix sont restés et resteront—le reste a disparu.
Où sont Petrus Borel, le licanthrope, et Bouchardy, au cœur de salpêtre?