Mais heureusement que votre raisonnement ne vaut rien; car il conduirait à ce raisonnement terrible:

La peine de mort est impuissante; il faut donc ne pas diminuer la peine, mais l'augmenter jusqu'à ce qu'on obtienne un résultat;—alors il faut recourir aux supplices, à la torture, aux membres rompus, à l'écartellement: est-ce là ce que vous voulez?—C'est cependant ce que vous demandez—en disant la peine de mort inefficace, c'est-à-dire insuffisante.

Dans le crime, comme dans toutes les autres circonstances, l'homme, à son insu parfois, fait un calcul des peines et des plaisirs;—on ne veut pas payer trop cher:—tel jouera un an de sa liberté contre la chance de s'approprier cent francs, qui reculera s'il ne peut prendre que dix sous en encourant la même peine, ou s'il doit jouer deux ans contre la capture de cent francs.

Il y a des voleurs qui ne volent jamais la nuit, quoiqu'ils aient moins chance d'être pris qu'en volant le jour, parce qu'ils ne veulent risquer qu'une certaine peine, et ne pas trop mettre au jeu.

Ces assassins sont une bande à part,—devenue plus nombreuse depuis qu'ils ne jouent plus contre l'échafaud, mais seulement contre certaines chances aléatoires de l'échafaud—depuis qu'on rend des points aux assassins.

2o Argument.

«La société n'a pas le droit de tuer un homme, elle ferait dans ce cas ce qu'elle reproche au criminel d'avoir fait.»

Il y a cependant une certaine nuance sur laquelle j'appelle votre attention.—La société tue un homme parce qu'il en a tué un—et aussi pour l'empêcher d'en tuer d'autres, et aussi pour faire savoir à ceux qui seraient tentés de l'imiter qu'ils jouent leur tête, et aussi pour rassurer la société justement alarmée.

La société tue un homme parce qu'il en a tué un autre, l'assassin a tué un homme parce qu'il avait une montre.

L'homme attaqué par un assassin a-t-il le droit de le tuer pour se défendre?