«Le roi estant en la ville de Clermont, un seigneur lui apporta d'Espagne une pierre de bézoard; étant alors dans la chambre dudit seigneur roi, il m'appela et me demanda s'il existait quelque drogue qui pût préserver de tout poison; je lui répondis que non,—à cause de la diversité des venins et de leur action;—le seigneur qui avait apporté la pierre soutint l'efficacité du bézoard;—alors, je dis au roi qu'on aurait bien moyen d'en faire expérience certaine sur quelque coquin qui aurait gagné le pendre. Alors promptement il envoya querir M. de la Trousse, prévost de son hôtel et lui demanda s'il avait quelqu'un qui eust mérité la corde; il lui dit qu'il avait en ses prisons un cuisinier qui avait dérobé deux plats d'argent en la maison de son maître, et que, le lendemain, il devait être pendu et estranglé. Le roy lui dit qu'il voulait faire expérience d'une pierre qu'on lui disait être bonne contre tout venin, et qu'il sust dudit cuisinier s'il voulait prendre un certain poison, et qu'à l'instant on lui baillerait un contre-poison, et que, s'il réchappait, il s'en irait la vie sauve, ce que ledit cuisinier très volontiers accorda, disant qu'il aimait trop mieux mourir dudit poison dans la prison que d'être estranglé à la vue du peuple. Alors un apothicaire lui donna un certain poison et subitement une raclure de ladite pierre de bézoard. Ayant ces deux drogues dans l'estomac, il cria qu'il avait le feu dans le corps.—Une heure après, je priai le sieur de la Trousse d'aller voir, ce qu'il m'accorda en compagnie de trois de ses archers; je trouvai le pauvre cuisinier à quatre pieds, cheminant comme une beste, la langue hors la bouche, les yeux et toute la face flamboyants, jetant le sang par les oreilles, par la bouche et par le nez, et mourut misérablement, criant qu'il eust mieux valu être mis à la potence. Ainsi la pierre d'Espagne n'eut aucune vertu; à cette cause, le roi commanda qu'on la jettast au feu: ce qui fut fait.»
Le bézoard n'était pas la seule pierre admise en médecine; on avait la pierre alectorienne,—qu'on trouvait dans les coqs et qui assurait la victoire à la guerre et la pluralité des suffrages aux comices.
Saint Isidore vante une petite pierre trouvée dans la tête d'une tortue des Indes qui donne la faculté de deviner l'avenir à qui la porte sous la langue; mais on ferait un gros volume des inventions ou des crédulités de saint Isidore en fait d'histoire naturelle.
Un concile d'Auxerre défend l'expérience de la pierre oolithe, qui, broyée et mêlée à du pain, dénonçait les voleurs qui ne pouvaient manger ce pain.
On se servait beaucoup en médecine des cinq fragments précieux, qui étaient l'améthyste, le saphir, l'hyacinthe, la topaze et l'émeraude.
Cette pierre, d'ailleurs, ayant ses vertus particulières, l'hyacinthe, les perles, le rubis, préservaient celui qui les portaient de tout poison. L'émeraude guérissait l'épilepsie.
La topaze faisait disparaître l'hypocondrie, l'opale préservait de la peste, donnait plus d'éclat et de puissance aux yeux.
L'améthyste préservait de l'ivresse.
Sans parler de la pierre philosophale qui eût guéri de tout et eût supprimé la mort si on eût pu la trouver.
Le docteur Jean Marius, d'Augsbourg, élève de Jean Scutter, grand médecin, a écrit vers 1730 un Traité du castor, publié à Vienne en 1746, traduit en français et publié de nouveau chez David fils, libraire, à l'enseigne du Saint-Esprit, quai des Augustins.