Le tabac, alors tout nouveau, avait été fort attaqué, rejeté; le docteur avait pris sa défense;—c'est pourquoi le docteur Baillaud lui dit qu'il a un esprit plus qu'humain.

Le livre est précédé des approbations du docteur Daquin, conseiller du roi en ses conseils et premier médecin de la reine; du docteur Lizot, conseiller et médecin ordinaire du roi; du docteur Guérin, régent en la faculté de médecine de Paris; du docteur de Michu, docteur en médecine de la faculté de Montpellier.

Il est inutile que je copie une nomenclature. Le tabac guérit complètement de tout.

L'auteur termine ainsi son volume, orné d'une jolie reliure en maroquin vert, orné de filets d'or.

«Mon ouvrage est complet, s'il n'est pas achevé; puisse-t-il donner l'estime que les véritables savants ont pour le tabac; c'est le plus riche trésor qui soit venu du pays de l'or et des perles. Il contient tout réuni ce que les autres médicaments n'ont que séparé.—La nature ayant fait un pareil miracle, ne devait pas le cacher plus de six mille ans à l'une des moitiés du monde; elle fut injuste de le reléguer si longtemps parmi les barbares; elle fut moins indulgente pour nous que pour eux, lorsque, ayant égard à leur peu de lumières, elle ramassa tous les remèdes en un seul remède.»

Le chevalier Digby, dont nous allons parler, n'était pas le premier venu. Nommé gentilhomme de la chambre par le roi d'Angleterre Charles Ier, après la révolution, il émigra en France et s'y lia avec des savants, entre autres Descartes, pendant le séjour de Charles II en France; il avait été nommé «chancelier de la reine de la Grande-Bretagne». C'était à la fois un homme savant, un grand et effronté charlatan et un grand fou!

Il avait une très belle femme—qu'il droguait sans cesse pour conserver sa beauté; il la nourrissait de poulardes nourries elles-mêmes de la chair de vipères;—ce qui ne l'empêcha pas de mourir très jeune, et qui peut-être y contribua.

J'ai un petit livre, imprimé avec «Privilège de roi», daté de 1668. Sous ce titre: «Remèdes souverains et secrètes expériences de M. le chevalier Digby, chancelier de la reine d'Angleterre, avec plusieurs autres secrets pour la beauté des dames,» l'éditeur, Jean Malbec de Trespel, «médecin spagirique», dit dans une préface: «Le nom du chevalier Digby est trop connu par toute l'Europe pour douter que ce qui vient de lui ne soit estimé; la délicatesse de son génie et la subtilité de son esprit ont toujours brillé dans ses ouvrages, etc.»

En voici quelques passages,

Poudre de la comtesse de Kent, laquelle a des vertus surprenantes: