Cette pensée me rappelle un magnifique chien de Terre-Neuve auquel, du temps de ma jeunesse, j'ai appartenu pendant dix ans.—Il était violent et brutal dans ses mouvements; plus d'une fois je l'ai vu bousculer un passant dans la rue;—le passant se retournait et commençait un juron.
—Sacre...
Puis s'arrêtait et disait:
—Ah! le beau chien!
Il ne prétendait pas rester seul à la maison; quand il voyait seller mon cheval, qui du reste était son ami, il s'échappait et allait nous attendre dans la rue;—je n'allais que là où je pouvais l'emmener, et chez les gens qui l'invitaient en même temps que moi.—Comme, vu ses dimensions, il ne pouvait être admis dans l'intérieur des voitures, pendant dix ans je n'ai voyagé que sur l'impériale et sous la bâche des diligences.
Un de nos amis disait un jour: «J'ai rencontré Freyschütz et Alphonse chacun à un bout d'une corde; je n'ai pu discerner lequel était celui qui menait l'autre.»
Mais ici je dois m'arrêter sur ce sujet de bonheur à peine ébauché.
P.-S.—M. Alikoff, dans sa dernière chronique politique, en citant la plus brève et la plus radicale des constitutions dit: «Si je ne me trompe, elle est due à un des plus farouches intransigeants.»
M. Alikoff se trompe;—ce sont les Guêpes (Ier volume, page 85, édition Lévy) qui ont promulgué cette charte.—L'écrivain que M. Alikoff désigne, et qui, d'ailleurs, est assez riche de son propre fond, n'a fait que la reproduire dix ou douze ans plus tard, en y ajoutant un second article,—ce qui l'a gâtée, si je ne me trompe, pour parler comme M. Alikoff.
Puisque j'ai tant fait que de feuilleter les Guêpes pour retrouver ce passage, je vais le transcrire ici—pour constater humblement que si, comme Cassandre, j'ai reçu le don de prophétie, je n'ai, pas plus que la fille de Priam, été écouté ni compris des gens auxquels j'annonçais les destinées de Troie—qu'ils eussent pu alors conjurer, et sauver Pergame, si Pergama defendi possent—et s'ils avaient été moins aveugles—si mens non læva fuisset, mot à mot:—si l'esprit n'était pas tombé à gauche.