Les grands citoyens, les amis du peuple, les forts, les sérieux, les habiles, les grands politiques, se sont alors dit: «Le peuple a peur de la famine, le pain est cher; c’est le moment de demander pour lui... des droits politiques.»

Et les uns se sont mis à demander l’abaissement du cens électoral; les autres, son abolition; les autres, le suffrage universel.

La chose est arrivée à propos pour les journaux quotidiens, et il faut ici révéler une des misères de ces pauvres journaux.

La première condition d’un journal quotidien est de paraître tous les jours;—je dirai plus, c’est à peu près la seule condition. Un journal se compose d’une feuille double imprimée sur quatre côtés.

Pendant les sessions des Chambres, la besogne est facile; une page de compte rendu et un article sur la séance font l’affaire. Mais, pendant les vacances, c’est une terrible lacune à remplir.

Aussi les journaux usent-ils des moyens les plus extrêmes; rien n’est trop absurde, si cela fait une ligne et demie.

A les croire, à peine la session est finie que la France se couvre de centenaires, de veaux à deux têtes, de chiens et d’enfants savants. On tue des aigles qui ont des colliers d’argent. Si l’on coupe un arbre, il y a dans la moelle une figure de saint. Tout bloc de marbre renferme un serpent vivant; des ours étonnent les populations par le spectacle de leurs vertus et de leur humanité. Le pays est encombré de prodiges.

Il manque cinq lignes. Allons, un petit refus de sépulture, un assassinat.