MOLOCH. Et, en effet, ce n’était pas une idée heureuse—quoique l’auteur prétende que c’est à ces petits riens qu’on reconnaît le monde:—D’abord, cet usage de se faire apporter les lettres sur un plat d’argent n’est ni si général, ni si établi qu’on n’eût pu le supprimer,—si ce n’est chez quelques dandys d’imitation anglaise.—Ensuite, il n’est pas, selon moi, très-élégant d’apporter une lettre sur un plat qui peut avoir servi à manger des côtelettes;—on devrait employer un plateau d’une forme particulière.

AZAZEL. Depuis cette représentation, il y a une foule de faux dandys à la suite qui se font apporter,—sur un plat d’argent tout ce qu’ils demandent à leurs domestiques; leurs bretelles, leur gilet, leurs bottes.

L’AUTEUR. Mammone, vous pourriez rire un peu moins fort,—ce me semble,—des médiocres plaisanteries d’Azazel?

(MAMMONEN ne répond qu’en bourdonnant la Marseillaise.)

MOLOCH. L’auteur de la pièce a eu tort d’aller s’attaquer à Janin,—et d’aller chercher de petits motifs mesquins à la critique du feuilletoniste.

A part le commencement du feuilleton de Janin; qui était peut-être un peu vulgaire...

L’AUTEUR. Oh là! Moloch,—ne parlez pas ainsi de Janin!

MAMMONE.—Nous sommes en révolte, notre ex-maître,—et je parle comme je veux.

(MAMMONEN continue à bourdonner la Marseillaise.)

MOLOCH. Le commencement du feuilleton de Janin, sur les pièces de M. Walewski, était un peu vulgaire et banal.—Les hommes qui par goût ne vivent pas dans le monde ont tort d’en parler avec aigreur,—ils ont l’air d’être envieux, et rien n’a si mauvaise grâce.