Un mot dont on a étrangement abusé est celui d’honneur;—nous avons des croix d’honneur,—des champs d’honneur,—des dames d’honneur,—des gardes d’honneur,—des lits d’honneur,—des places d’honneur,—des dettes d’honneur,—des parties d’honneur,—des points d’honneur,—des hommes d’honneur,—des paroles d’honneur.

Il ne manquait plus que des honorables,—nous devons ce mot au gouvernement représentatif.

De l’honneur,—cette île escarpée et sans bords,—on a fait un pays banal, une place publique. Tous les députés indistinctement s’appellent honorables tout en s’accusant mutuellement et sans cesse de «trahir le pays,—d’assassiner la liberté,—d’être sourds à la voix de la patrie,—d’être des anarchistes, des tyrans, des valets, des bourreaux, etc.» Toutes choses qui, prises au sérieux, rendraient un homme fort peu honorable.

M. Coraly, ancien maître de ballets, a deux fils,—l’un est député, l’autre danseur à l’Opéra.—J’ai vu les deux, mais je ne puis me rappeler lequel est le danseur, lequel est le député;—il leur arrive souvent, du reste, que l’on fait des compliments au danseur sur son attitude à la Chambre, ou sur quelques paroles risquées dans les bureaux,—et que l’on dit au député: «Vous avez bien de la grâce et bien du ballon,—vous avez été très-bien dans votre dernier pas.»

Madame *** est connue entre autres choses par la grosseur de ses bouquets.—Une femme qui aime et comprend les fleurs mieux qu’aucune autre—disait: «Je la hais, parce qu’elle finira par me dégoûter des fleurs.»

Madame *** a consacré le lundi à l’amitié qu’elle porte à une illustre épée,—comme on dit en argot parlementaire. Ce jour-là, elle le reçoit seul, et la porte est fermée pour tout le monde. Un de ces derniers lundis, un domestique renvoyé, qui devait quitter la maison quelques jours après,—avait résolu de se venger de son expulsion. En conséquence, feignant d’oublier la consigne, il ouvrit tout d’un coup la porte du salon de madame *** et annonça deux personnes, un ménage, qui s’étaient présentées.—Madame *** se leva pâle et effrayée,—confuse.—L’illustre épée, qui était à ses genoux, n’en put faire autant à cause de sa goutte. Les deux visiteurs s’étaient arrêtés sur le seuil de la porte,—hésitant et prêts à s’enfuir.—L’illustre épée crut retrouver de la présence d’esprit, et, restant à genoux, dit: «Madame, c’est aujourd’hui votre fête, et je m’empresse de vous la souhaiter.—Ah! diable, j’ai oublié mon bouquet, je vais aller le chercher.» Il fit signe au domestique de l’aider à se relever, et sortit du salon.—Le ménage fit une courte visite et s’en alla.—Il faut croire qu’il ne fut pas discret, car, le lendemain, il y eut chez madame *** une procession de domestiques apportant des bouquets.

M. *** fut très-surpris, en rentrant de la Chambre, de voir toute sa maison pleine de fleurs;—il en demanda la raison.