La nouvelle salle est arrangée avec un goût parfait;—l’orchestre, très-heureusement disposé, a eu un grand succès.—On a joué des morceaux de Rossini, de Mercadante, de Cimarosa, de Meyer-Beer, de Bellini, de Gluk et de Méhul.
Le duc et la duchesse d’Orléans ont reçu avec beaucoup de grâce et de bienveillance.
M. Nodier, qui avait été invité avec MM. Hugo, Auber, Schenetz, etc., a dit: «Ma foi, si c’est pour nous donner des princes si aimables,—vive l’usurpation!» Ce mot rappelle un peu l’enthousiasme comique de madame de Sévigné pour le roi, qui venait de danser avec elle: «Ah! nous avons un grand roi.»
Le monde financier est très-inquiet;—les duchesses de la Bourse, les marquises du trois pour cent, les vicomtesses de la rue de la Verrerie, s’agitent beaucoup pour être invitées.
Les directeurs des théâtres de musique s’inquiètent aussi de leur côté; la lésinerie de la nouvelle aristocratie est telle que bien des gens refuseront une loge à l’Opéra ou aux Italiens à leur femme,—sous prétexte des chances qu’elle a d’être invitée aux concerts du château.
Pour le faubourg Saint-Germain, il n’ira nulle part tant que don Carlos ne sera pas libre; pour passer le temps, il s’amuse à désigner les quêteuses pour le carême. Les bourgeoises riches intriguent auprès des curés, non par esprit de religion,—mais parce que cet office de quêteuse est une sorte de privilége de la noblesse; par la même raison, les duchesses écartent les bourgeoises.