Ce n’était pas assez qu’on donnât à une funambule, à une sauteuse, à une acrobate,—pour faire une exhibition publique de gros pieds et de cuisses maigres,—plus d’or vingt fois qu’on n’en donne à la plus belle et à la plus honnête des femmes pour tenir sa maison et élever ses enfants.

Ce n’était pas assez que tout le luxe,—qui est l’air des femmes, fût pour ces créatures;

Que, s’il vient à Paris un châle de l’Orient d’une beauté remarquable,—les marchands savent d’avance qu’une honnête femme n’y peut prétendre;

Que, si un diamant miraculeusement gros est envoyé de Golconde, il est trop beau pour une honnête femme, fût-elle princesse,—fût-elle reine;—qu’il est destiné au front banal ou au cou public d’une fille de l’Opéra.

Ce n’était pas assez de leur donner des diamants;—on leur a jeté des fleurs.

Ce n’était pas assez:—les poëtes leur adressent leurs vers,—les journalistes écrivent que leur départ est un malheur public;—on vante une décence, un esprit qu’on imagine pour elles;—on les recherche, on les fête, on les honore;—on a même renoncé à les entretenir, pour ne pas blesser leur susceptibilité;—on leur fait la cour, on les séduit,—on les épouse.

(Je ne parle pas de l’exagération de respect de ceux qui se font entretenir par elles.)

On a épuisé pour les louer tout l’écrin poétique;—il ne reste pas un mot à dire à une honnête femme—qui n’ait déjà servi à trois ou quatre sauteuses.

Aussi les femmes les envient et tâchent de leur ressembler.—Sous prétexte des Polonais, elles ont vendu publiquement dans les bazars établis chez le comte Jules de Castellane; sous prétexte des pauvres, elles ont chanté publiquement dans les églises.

Cela était bien quelque chose:—elles avaient montré, sinon le talent, du moins l’effronterie des chanteuses;—mais il leur fallait un théâtre,—un vrai théâtre,—où elles pussent combattre leurs rivales sur leur propre terrain;—il leur fallait cette rampe magique qui prête tant de charmes—que la plus laide des actrices a plus d’amoureux que la plus belle femme du monde.