Ministère du commerce,

M. THIERS, sous le pseudonyme ridicule de M. GOUIN.

Le Constitutionnel,—le Courrier Français,—le Messager, le Siècle, entonnèrent la trompette—et dirent en faveur du nouveau ministère—précisément ce que les journaux amis du 12 mai disaient en sa faveur.—Ceux-ci mirent en avant, contre le ministère Thiers, juste ce que les amis de ce ministère avaient dit contre le ministère Soult,—absolument dans les mêmes termes—et sans y changer une virgule.

Les trompettes chantèrent alors—comme je le faisais au commencement du présent chapitre—la fameuse églogue de Virgile à Pollion:—Les hommes vertueux arrivent aux affaires—le vertueux Barrot et sa vertueuse phalange donnent leur appui au vertueux Thiers.

«Pollion, c’est sous ton consulat que tout ce bonheur nous sera donné:—la terre prodiguera les fruits sans culture;—il n’y aura plus besoin de teindre la laine--nec varios discet mentiri lana colores,—le bélier se fera un véritable plaisir d’être naturellement vêtu d’une toison jaune ou rouge, au gré des personnes,—les agneaux se promèneront dans les prairies tout accommodés aux petits oignons,—et on pourra prendre sur les moutons des côtelettes immortelles et cuites à point, qui se renouvelleront sans cesse comme le foie de Prométhée sous le bec recourbé du vautour.»

Je ne vous cacherai pas que d’abord je pris au pied de la lettre toutes ces belles choses—et que je me dis:—Ma foi, c’est fort à propos qu’il en soit ainsi,—car, réellement, les essais du gouvernement constitutionnel n’ont pas été heureux jusqu’ici;—il est temps que la nation se repose des tiraillements auxquels elle est en proie depuis tant d’années—et ce que ces messieurs lui annoncent de bonheur et de félicité—elle ne l’aura pas volé.

Ce qui surtout causait ma confiance,—c’était, je l’avouerai, l’air tout à fait bonhomme, et patriarcal de ces messieurs des journaux;—ils étaient si sévères pour les ministères précédents, ils avaient fait tant de si longs articles sur les malheurs du pays;—ils étaient eux-mêmes si désintéressés, si vertueux!

Il est vrai qu’ils n’avaient pas toujours parlé aussi favorablement de M. Thiers.—A rechercher dans leurs colonnes un peu antérieures,—on trouverait, accumulées contre lui-même, toutes les injures adressées depuis et avant lui aux autres ministres,—ce qui parfois me ferait croire—que les injures et les malédictions s’adressent tout simplement aux détenteurs du pouvoir, des places et de l’argent, quels qu’ils soient.