PARENTHÈSE.—A ce sujet—je remarque que les journaux ont fait une chose sage et savante d’agrandir leur format—de se faire imprimer le plus mal possible avec des têtes de clous sur du papier sale, mou, facile à déchirer et un peu infect,—de telle sorte qu’on ne les garde jamais, car ces feuilles de papier, arrivant incessamment et invinciblement tous les matins, ont bien vite encombré les cartons—débordent et vous chasseraient de la maison envahie par eux en moins d’un an, si on n’avait soin de les consacrer a toutes sortes d’usages domestiques.
D’ailleurs, les conservât-on, qui aurait la force, le temps, la patience et le courage de feuilleter et de chercher parmi toutes les choses insignifiantes dont ils se remplissent avec une perfide adresse—la phrase ou le fait dont on a besoin?—L’odeur du papier serré encore humide combiné avec l’odeur de l’encre de l’imprimerie—a quelque chose d’étrangement nauséabond et je dirai même vénéneux, qui à la fois débilite l’estomac et irrite les nerfs: que le bruit et le mouvement du papier que l’on déploie et que l’on feuillette et la difficulté de lire une impression serrée, pâteuse et confuse achèvent d’exaspérer.
Je m’en rapporte à ceux qui, comme moi, ont eu quelquefois l’audace d’entreprendre un semblable travail.
De telle sorte qu’il devient, grâce à cette savante manœuvre, presque impossible de constater les inconséquences, les contradictions et les palinodies des hommes politiques et des journaux eux-mêmes.
Cela serait bien moins commode pour eux, si une bonne loi,—que l’on pourrait substituer aux fameuses, terribles, exaspérantes, impopulaires et impuissantes lois de septembre,—les obligeait à adopter le format des livres,—et à s’imprimer sur beau papier, en caractères neufs et bien lisibles.
Ces chers journaux donc, comme je vous le disais, avaient chacun en leur temps attribué à M. Thiers, avec force invectives, tous les maux dont aujourd’hui, selon eux, le même M. Thiers peut seul délivrer la France.
Il est réellement fâcheux de voir toutes les vertus dont ledit M. Thiers se trouve si abondamment orné—exposées au souffle impur du pouvoir;—car je ne lui donne pas trois mois pour qu’une partie de ses plus terribles enthousiastes découvrent en lui tous les vices, tous les défauts, tous les forfaits reconnus chez les ministres précédents,—et à plusieurs reprises chez lui-même.
En effet, voyez un peu dans nos numéros précédents,—car les Guêpes, entre autres audaces, ont eu celle de s’exposer au danger évité si soigneusement par toutes les feuilles périodiques:—on peut les relire;—voyez dans le numéro de décembre les engagements pris par M. Thiers envers les dictateurs de ces divers organes de l’opinion publique.
Voyez dans le numéro de mars—ce que nous disons—qu’il a été promis plus de morceaux qu’il n’est possible d’en trouver dans la France, quelque menu qu’on la hache.