Plusieurs autres journaux, qui croyaient à la durée du ministère Soult—ou à un retour du ministère Molé,—et qui avaient jugé prudent de se déclarer contre M. Thiers,—ont soin aujourd’hui de ne pas se compromettre davantage,—et ne disent pas un mot des affaires.—Ils ont découvert un intérêt inusité dans la guerre que font les Anglais aux Chinois;—ils remplissent leurs colonnes avec quelques assassinats,—quelques paricides; les histoires d’araignées mélomanes et de veaux à deux têtes reparaissent.—Quelques écrivains voient avec surprise le compte rendu d’ouvrages déposés à la rédaction depuis un an sans qu’on en ait dit un mot.
On attend, l’arme au bras, les avances du nouveau pouvoir.
Qui déjà cependant,—le malheureux qu’il est, va avoir un quart d’heure de Rabelais assez difficile à passer avec ses amis—associés et Bertrands divers.
Or, il est très-facile de renverser un ministère,—grâce à l’invention récente des coalitions,—par laquelle les partis et les hommes les plus inconciliables et les plus antipathiques se réunissent contre celui qui est aux affaires.—De telle sorte que, de quatre partis à peu près qu’il y a à la Chambre des députés:—les légitimistes,—les républicains,—la gauche—et les conservateurs,—comme il ne peut y en avoir qu’un au pouvoir à la fois,—à peine celui-là, quel qu’il soit, y est-il arrivé, qu’il a immédiatement les trois autres contre lui,—et que ceux mêmes de son parti dont le désintéressement ne se croit pas convenablement payé,—et le désintéressement est fort avide aujourd’hui,—imaginent une nuance pour un nouveau drapeau et se réunissent à ses adversaires.
La chose une fois inventée et son succès constaté, il n’y a aucune raison pour que cela finisse, et on doit penser qu’il en sera toujours ainsi jusqu’à la consommation des siècles.
Aussi, quand on a renversé un ministère, n’a-t-on fait de la besogne que la partie la plus insignifiante. Il faut conserver la place que l’on a conquise; et je déclare qu’il n’y aura plus dans toute l’existence de la monarchie constitutionnelle un ministère qui aura un an de durée.
LE QUART D’HEURE DE RABELAIS.—LA CURÉE.—LA VERTU EMBARRASSÉE.—Le pouvoir forcé,—il fallait donner la curée,—mais, tout vaincu qu’il était, le pouvoir faisait tête à ses assaillants et ne voulait pas se laisser arracher—les fonds secrets—jecur et viscera;—c’était une nouvelle bataille à gagner.
La situation du parti vertueux n’était pas très-facile en outre—à cause de sa composition.—M. Cousin, chef de l’école panthéiste, à la tête de l’Université, n’était pas, aux yeux des rigoristes, une chose d’une grande convenance.