Ces rigoristes s’étonnaient aussi de voir M. Vivien à la tête de l’administration des affaires ecclésiastiques, lui qui a publié un Code des théâtres et le Mercure des salons, journal des modes.

Quelques associés étaient de leur côté également embarrassants à cause du peu de sérieux de leurs antécédents.

Le Constitutionnel, le plus ferme appui de M. Thiers, est dirigé par M. Véron, le plus habile directeur qu’ait eu l’Opéra,—et par M. Etienne, auteur de Joconde et autres pièces à ariettes,—membre du Caveau et d’une foule de sociétés chantantes et buvantes.

Le Courrier français n’est connu que par la protection qu’il accorde à une danseuse maigre.

M. Barrot s’était élevé avec violence contre les fonds secrets, et, en 1837, il avait dit hautement qu’ils n’étaient bons qu’à enfanter la corruption.

On remplirait cent volumes semblables à celui-ci, en petit-texte, des phrases plus ou moins sonores et retentissantes qu’avaient commises depuis dix ans, contre les fonds secrets, les plus fermes appuis du nouveau ministère.—Et il fallait cependant demander et obtenir les fonds secrets—Les molosses vainqueurs s’impatientaient et semblaient prêts déjà à se retourner contre les chasseurs.

EXPÉDIENTS IMAGINÉS PAR LA VERTU.—Premier expédient.—D’abord—on ne parlera plus de fonds secrets—la vertu n’a pas besoin de moyens aussi ténébreux;—on ne demanda pas un million cinq cent mille francs comme le ministère Molé, on ne demanda pas douze cent mille francs comme le ministère Soult.

Un ministère parlementaire—représentant le vœu et les intérêts du pays, un cabinet, réelle expression de la majorité—un cabinet vertueux n’a pas besoin d’avoir la corruption et la subornation pour auxiliaires.

Et si on demandait un mauvais million—ce n’était pas qu’on en eût besoin—ni qu’on voulût en faire un moindre usage, c’était simplement pour obtenir de la Chambre une marque de confiance qui constatât la majorité. C’est pour cela qu’on ne tenait pas à la somme: un million était un compte tout rond dont probablement on ne saurait que faire.