Pour moi,—je demeure dans un quartier désert, et je rentre tard;—je prendrai la liberté d’être armé—jusqu’au moment où il sera parfaitement établi que, grâce à la surveillance de la police, on aura été un an sans arrêter, dépouiller, assommer ou noyer quelqu’un.—Mais tant que j’aurai un louis dans ma poche, je m’exposerai aux quinze francs d’amende de la police pour ne pas le laisser prendre;—c’est un bénéfice net de cinq francs.

M. de Balzac et soixante-quatre couteliers sacrifiés—n’établissaient pas encore suffisamment la vertu du cabinet.—M. Cavé fut désigné comme victime, et le Constitutionnel comme sacrificateur.—On assure même que, pour exciter son zèle, on lui promit la place de directeur des Beaux-Arts, comme on donnait autrefois la chair de la victime aux anciens pontifes.

En vain M. Cavé avait offert en holocauste à M. Thiers et à sa grandeur imminente madame de Girardin et l’École des journalistes.

Le Constitutionnel porta de graves accusations;—on fit circuler contre lui des mots attribués à M. Thiers.

L’existence de M. Cavé menacée a fait comprendre à ses amis et à ses protégés qu’il fallait se hâter.

M. Buloz, directeur de la Revue de Paris et de la Revue des Deux-Mondes, tout en passant sous le drapeau de M. Thiers,—s’est cependant dépêché d’aplanir les difficultés que trouvait son projet d’être à la fois directeur et commissaire royal du Théâtre-Français.—Il a donné le titre de régisseur général à M. Laurent, qui jusqu’ici, et depuis fort longtemps, se contentait du titre et des fonctions modestes de portier au même théâtre.

Alors s’est engagée la grande bataille pour la conquête des fonds secrets.

GRANDE BATAILLE DES FONDS SECRETS.—Les troupes de M. Thiers se composaient, outre son armée connue, de plusieurs troupes auxiliaires, telles que M. Barrot et ses vertueuses phalanges.—On comptait aussi sur la droite, qui avait donné un coup de main utile pour renverser le ministère Soult, et sur M. Berryer, dont nous avons déjà signalé les sympathies pour M. Thiers.