Vous les regardez faire, assis à ce beau tournoi, dans vos stalles bien payées;—vous prenez parti dans leurs débats et dans leurs querelles;—vous pariez pour l’un ou pour l’autre;—vous vous passionnez;—vous applaudissez celui qui réussit à prendre votre argent;—vous sifflez celui qui se le laisse enlever.

Bravo! mes bons amis.—Les enfants trop spirituels deviennent, dit-on, fort bêtes à l’âge de raison.

APOLOGUE.—Un voyageur rencontra, un jour, dans une savane de l’Amérique, deux sauvages, deux peaux rouges qui, assis sur l’herbe, et ayant déposé leurs casse-têtes à côté d’eux, jouaient avec beaucoup d’attention à un jeu d’adresse avec de petits cailloux. Le voyageur s’arrêta près d’eux et les regarda faire.—Il faut croire, pensa-t-il, que la partie est intéressée, car ils jouent avec une application et une émotion peu communes. Ce petit qui a un soleil bleu sur le front est bien adroit;—mais le grand, qui est décoré d’un serpent jaune, ne le lui cède pas.—Bravo! le serpent jaune.—Ah! très-bien, le soleil bleu.—Voilà le coup décisif.—Ma foi, c’est le soleil bleu qui a gagné.—Eh bien! je n’en suis pas fâché!—Il me plaît beaucoup, le soleil bleu.

—Soleil bleu, recevez mes félicitations!

Visage pâle, mon ami,—dit le soleil bleu,—c’est en t’apercevant venir là-bas, que nous nous sommes mis à jouer, et je ne te cacherai pas que nous avons joué à qui te mangerait.

AFFAIRE DE MAZAGRAN.—Pendant que les avocats parlaient à la Chambre,—cent vingt-trois hommes se défendaient, dans la petite place de Mazagran, contre dix mille Arabes,—et les forçaient d’abandonner le terrain.—Je ne ferai pas compliment au maréchal Valée d’une nouvelle imprévoyance qui condamnait cent vingt-trois soldats à mort,—s’ils n’avaient égalé les prodiges les plus fabuleux de la bravoure des temps antiques et modernes.—Ce trait héroïque est consolant à une époque où on se sent prêt, à chaque instant, à désespérer de la France livrée aux avocats et aux ambitieux de bas étage.

On a annoncé qu’on s’occupait de récompenser dignement les défenseurs de Mazagran;—ce sont de ces choses qu’on ne doit pas chercher,—que le cœur doit trouver au milieu même de l’émotion que cause un semblable récit.—Je ne crois pas qu’il se trouvât personne en France pour juger mauvais qu’on donnât la croix aux cent vingt héros qui ont survécu,—et que cette compagnie reçût le nom de Compagnie de Mazagran,—et ne se recrutât pas tant qu’il en restera un homme;—que les noms des trois morts fussent toujours prononcés à l’appel les premiers, et qu’on répondit: Morts à Mazagran.

Le principal hommage qu’aient reçu jusqu’ici nos héros est un récit ridiculement ampoulé, fait par M. Chapuys-de-Montlaville.—C’est surtout quand il s’agit de choses si grandes par elles-mêmes que l’enflure est si ridicule qu’elle devient odieuse,—et que l’on accuse l’écrivain qui en est coupable de n’avoir pas senti la grandeur d’un héroïsme qu’il essaye d’embellir par des mots prétentieux.