Car on sait que M. Thiers est l’auteur de la maxime:—le roi règne et ne gouverne pas.

Or, comme le roi n’est ni électeur, ni juré, ni garde national,—il se trouve qu’il est aujourd’hui le moins important, le plus humble, le moins considéré de tous les Français;—qu’il n’y a pas un épicier, ni un bonnetier,—ni un écrivain à échoppe qui n’ait plus de droits politiques et plus d’influence que lui.

M. THIERS.—Pour nous, qui n’espérons et ne craignons rien de M. Thiers, qui n’avons aucune espèce d’intérêt dans tout ce gâchis,—nous parlerons de lui sans colère, comme sans aveuglement.

M. Thiers n’est pas un esprit libéral ni progressif,—loin de là, il n’a d’idées gouvernementales que celles de l’Empire,—il fait la politique au point de vue des cafés et des estaminets, et est impuissant en dehors de ces limites.—Depuis la révolution de juillet, M. Thiers a passé à peu près huit ans au pouvoir,—quels sont les grands travaux qu’il a fait exécuter?—à quelles améliorations matérielles a-t-il présidé?—M. Thiers s’est opposé à l’entreprise des grandes lignes de chemins de fer par le gouvernement,—parce que de grands travaux sont tout à fait contraires aux vues et aux moyens d’action des hommes de son caractère et de son parti;—les agitateurs n’ont de pouvoir que sur les esprits oisifs, les travailleurs ne mordraient plus aux paroles des avocats.

Il y a quelque temps, M. Thiers et M. Garnier-Pagès se sont trouvés faire partie de la même commission. Il s’agissait de prolonger le privilége de la banque de France qui expire en 1842.—Eh bien! M. Pagès, membre d’un parti qui ne brille pas par le côté de la science gouvernementale, s’est prononcé pour le développement de ce privilége, et pour une extension favorable à l’industrie.

M. Thiers, au contraire, a maintenu l’état actuel.

Et vous, mes amis les Français,—savez-vous qu’on vous a joué un tour bien perfide—le jour qu’on vous a fait croire que vous étiez extrêmement malins,—ainsi que vous vous en rendez perpétuellement hommage à vous-mêmes.

Grâce à cette opinion qu’on vous a donnée de votre malice et de votre pénétration,—on vous fait passer sous les yeux d’étranges choses.

Pendant que ces messieurs se disputent votre argent et vos dépouilles,—qu’ils perdent au profit de leur avidité et de leur ambition le plus beau pays du monde,