C’est en effet une exaction odieuse que celle qui force une foule de gens à dévoiler à tous les yeux une misère qu’ils cachent avec tant de soin,—ou à s’imposer les plus dures privations pour ne pas déparer la compagnie de MM. tel ou tel.

Qu’on se représente un petit marchand qui arrive tout juste à payer ses petits billets et à faire honneur à ses petites affaires.—Qu’il soit un peu gêné;—que pour faire un remboursement il ait fait escompter à gros intérêts, à un Jacques Lefèvre quelconque;—qu’il ait mis son argenterie, la montre et la chaîne de sa femme en gage. C’est une situation où se trouve assez fréquemment le petit commerçant.

Il est pauvre, malheureux, il vit de privations, ou plutôt il ne vit pas; mais extérieurement, tout va bien, il noue les deux bouts.

Si vous lui imposez une dépense pour le moins de cent écus, et qu’il ne puisse retirer cent écus de ses affaires, ce que les petits marchands ne peuvent jamais,—il faut qu’il vienne devant ce conseil de discipline, composé d’autres marchands, avouer sa gêne et sa pauvreté.

Mais, le lendemain, il est ruiné, perdu,—il n’a plus ni crédit ni confiance, on exige des règlements,—ou plutôt on ne veut plus de sa signature.

Et tous ces pauvres gens qui ont tant de peine à conquérir sur le sort un habit propre, auquel ils doivent leur place, leurs amitiés, leurs amours, leurs plaisirs; cet habit, qui seul peut élever l’homme d’esprit et l’homme de cœur à l’égalité avec le sot et le cuistre, il faudra donc qu’ils le suppriment pour acheter votre habit d’arlequin, ou qu’ils viennent vous en dire tous les secrets,—les coutures noircies à l’encre, et les boutons rattachés, par eux-mêmes.

MM. les députés,—qui sont exempts de la garde nationale, nous ont donné ces loisirs.

Lorsque, pendant la discussion des fonds secrets,—il fut un moment question de voir reparaître M. Molé,—madame Dosne s’écria:—Comment penser à M. Molé quand on a des hommes comme nous!