Et j’ai demandé à tout le monde: qu’est-ce que la couleur? la couleur consiste-t-elle à faire un cheval blanc lie de vin? Cela me paraît une misérable excuse pour un dessin aussi incorrect que celui de plusieurs figures du tableau de M. Delacroix.—L’architecture est fort belle et d’une grande légèreté.

Il y a des gens condamnés à voir tout ou jaune ou rouge ou bleu.—Le 18 brumaire, de M. Bouchot, est écarlate.—Les États généraux, de M. Couder, sont d’un violet saupoudré de blanc.

Il y a des tableaux verts, il y en a de gris, il y en a d’orange.—Un monsieur paysagiste a inventé deux couleurs inusitées pour les bœufs, il en a fait un gris tourterelle, et l’autre pain à cacheter.

Pour ce qui est des batailles,—on n’en peint qu’une, toujours la même.—Une bataille représente toujours un endroit et un moment où on ne se bat pas,—ou bien où on ne se bat plus.

Il y a une heure où les tableaux exposés au Musée changent tout à coup d’aspect, une heure où l’habileté du pinceau, la finesse de la touche, la science de l’anatomie, de la perspective, disparaissent comme par enchantement. Le public nombreux, le public qui vient de onze heures à midi, ne fait aucun cas de ces qualités qu’il ne voit pas; il ne s’inquiète que du sujet; s’il voit une bataille, il veut savoir laquelle; si les Français sont vainqueurs, le tableau lui semble déjà une fois meilleur.

Il est singulier de remarquer combien ce public, le plus étranger aux arts, admet facilement la convention, à quel degré il accepte l’intention du peintre pour le fait: quelque balai vert qu’on lui montre, il consent sans hésiter à le prendre pour un arbre, quelque chose qui ait une robe est une femme sans contestation;—une redingote grise, Napoléon;—une chose à deux pieds est un homme; si la chose a quatre pieds, c’est un cheval, un chien ou un bœuf, suivant la couleur. Du bleu en haut du tableau est reçu comme le ciel; si le bleu est en bas, c’est la mer.

Voilà des gens pour lesquels il est agréable de peindre; voilà un public!

CHOSES QUELCONQUES.—On continue à envoyer en prison les gardes nationaux qui refusent de s’habiller;—cet impôt exorbitant excite les plus vives réclamations.