Si l’on ne m’accuse pas d’avoir jamais reculé devant la responsabilité de mes écrits, on doit me rendre témoignage également que je n’ai, en aucune circonstance, pris des airs de matamore et de fanfaron, et que je n’ai jamais hésité à donner de franches et loyales explications, lorsqu’elles m’ont été convenablement demandées.

Quand arrivent les dernières représentations des Italiens, les habitués se croient en droit de se faire donner bonne mesure, comme disent les marchands, et, sous prétexte de bienveillance pour les chanteurs, ils crient bis à tous les morceaux, et se font chanter deux fois un opéra dans la même soirée. De plus, dans les entr’actes, ils jettent sur la scène des billets dans lesquels ils demandent différents morceaux à leur choix. Le dernier jour où on a joué la Norma,—comme on était encore tout ému des accents passionnés de mademoiselle Grisi, on a entendu des cris: «Le billet, le papier, ouvrez le papier, lisez le papier!» Lablache s’est alors présenté en costume de druide,—a obéi a l’injonction du public,—et a dit qu’il était désolé de ne pas pouvoir se rendre au désir exprimé par le billet, mais que Tamburini était absent pour le duo,—et qu’il n’y avait pas de piano pour l’air. Or, le duo était un duo bouffe, celui du Mariage Secret, et l’air n’était autre que la Tarentelle, de Rossini, qu’on voulait faire chanter à Lablache en costume de druide, guirlande verte et manteau drapé.

Cela rappelle qu’en octobre 1830, Nourrit, sur l’ordre du parterre, chanta la Parisienne à la fin de Moïse, après le passage de la mer Rouge.

Les Égyptiens et les Israélites chantèrent le refrain en chœur.—M. de Lafayette était dans la salle, et, à son couplet, on fit lever tout le monde.

Chaque fois qu’il meurt une célébrité, une foule de gens, qui n’ont jamais vu ladite célébrité, s’intitulent ses amis intimes, et, sous ce prétexte frivole, la pleurent et prononcent sur sa tombe de longs discours que les véritables amis sont forcés d’entendre,—ce qui serait pour eux un raisonnable sujet de deuil.—Heureusement que, lorsque l’improvisation s’embrouille, lorsque l’orateur commence à patauger dans les phrases, son émotion l’empêche de continuer.

M. Bouilli prononce beaucoup de discours sur les tombes. Comme dernièrement il s’abstenait, au sujet d’un ami mort qu’il ne se souvenait pas d’avoir connu et dont il n’avait absolument rien à dire, un croque-mort s’approcha de lui, et lui touchant la manche: «Monsieur Bouilli, lui dit-il, est-ce que nous n’aurons rien de vous aujourd’hui?»

Les dames bienfaisantes répètent activement leur opéra au théâtre de la Renaissance.—A chaque répétition la chose va plus mal.