—Le ministère continue à faire des actions vertueuses. On a dernièrement imaginé d’envoyer une ambassade en Perse, uniquement pour y attacher divers lions qui encombraient les coulisses du théâtre de l’Opéra, et entravaient le répertoire par leur influence sur les premiers, seconds et troisièmes sujets de la danse et du chant. On n’avait pensé à se débarrasser que des grands lions, sans s’inquiéter des petits lions, des lions à la suite et des sous-lions;—mais ceux-ci, dans l’absence de leurs chefs d’emploi, se sont mis à rugir comme eux. Alors, une ordonnance du préfet de police est venue défendre «aux directeurs de spectacles d’admettre aucune personne étrangère au service du théâtre sur la scène et dans les coulisses.—L’Opéra est compris dans cette mesure, qui ne fait exception que pour les auteurs, compositeurs et maîtres de ballets des ouvrages composant la représentation du jour.»
Comme il n’est pas toujours facile de remplir ces conditions pour les pauvres lions, quelques-uns se sont engagés comme machinistes, lampistes, etc., etc. Il est bon de dire que ces lions sont au nombre de quatre ou cinq, que plusieurs n’ont ni dents, ni crinière, et que M. Valentin de la Pelouze en fait partie.
—Les départements suivent déjà l’exemple des vertus dont le nouveau ministère émerveille Paris.—Voici un extrait d’une affiche que l’on m’envoie de Rouen:—
RÈGLEMENT DE LA SALLE DE DANSE DE MADAME VEUVE DELEAU, A SAINT-ÉTIENNE DU ROUVRAY.
«Il est expressément défendu de chanter ni de fumer dans cette salle, et le silence doit régner pendant les quadrilles, pour l’agrément du danseur.»
«Tous propos grossiers et outrageants envers quelqu’un sont interdits,—ainsi que les danses indécentes que repoussent la bienséance et l’honneur.»
«Tous costumes malpropres, cannes et bâtons, sont défendus.»
5.—Dans plusieurs départements, des troubles et des émeutes amènent de graves désordres et de tristes accidents, au sujet du transport des grains.—Le pain est très-cher.—Il n’a pas été dit un mot de cela à la Chambre des députés.—Des hommes, qui se sont occupés des céréales, prétendent qu’il dépendrait d’une administration sage et éclairée de faire baisser le prix des grains, et de calmer les inquiétudes du peuple.—J’ai rencontré hier sur le boulevard M. de Balzac, qui m’a dit avoir à ce sujet des notions fort complètes; je lui ai donné le titre d’une brochure qui serait très-intéressante,—et que probablement il fait en ce moment: «Question du pain.»
—Grâce aux fictions du gouvernement constitutionnel et de la représentation nationale,—les intérêts des gros propriétaires sont soutenus avec véhémence à la Chambre des députés contre les intérêts des classes pauvres—(si, pour remédier à cet inconvénient, vous abaissez ou supprimez le cens, vous tombez dans l’inconvénient de la corruption, à laquelle vous donnez de grandes et nombreuses facilités). L’entrée libre des grains et des bestiaux étrangers diminuerait de la moitié le prix du pain et de la viande en France;—mais les gros propriétaires ne veulent même pas qu’on en parle. M. Bugeaud s’est constitué le représentant de la viande privilégiée,—se disant nationale, et il a fait, à la Chambre, un discours dans lequel il déclare qu’il craindrait moins une invasion de Cosaques qu’une invasion de bœufs étrangers.—M. Bugeaud, agronome distingué et gros propriétaire, est loin d’être désintéressé dans la question. Les amis des peuples n’ont pas pris la peine d’étudier la question pour répondre à M. Bugeaud.