3.—Le duc d’Orléans et le duc d’Aumale sont partis pour l’Afrique. C’est la réalisation d’une promesse que le prince avait faite à la fin d’un banquet, lors de son dernier voyage.—Une situation singulière est celle des princes de la famille royale en France; quels que soient leurs goûts, leur tempérament, leur caractère, leurs penchants, il faut qu’ils soient militaires. Il y a un impôt pour le payement duquel tout citoyen un peu aisé se fait remplacer:—c’est l’impôt que la conscription lève tous les ans sur la population, c’est l’impôt du sang.—Les princes de la famille royale seuls le payent toujours en nature, et pendant toute la vie.

—M. Adolphe Barrot, consul général de France à Manille, est arrivé à son poste. M. Adolphe Barrot est le frère du chef des incorruptibles, et le septième ou huitième parent que la protection de M. Odilon Barrot a fait pourvoir d’un poste avantageux.

—On éprouvait généralement en France, depuis quelque temps, le besoin d’être empaillé.—La faveur d’être conservé après le trépas était exclusivement réservée aux autruches,—aux casoars, aux singes, aux canards, etc., etc. M. Gannal est arrivé, qui a mis l’embaumement à la portée de toutes les fortunes.

—Aussi, on raconte que, dans un dîner, comme on parlait de la modicité de ses prix, M*** s’écria devant son père: «Ma foi, je ferai embaumer papa!»

Un enfant a été trouvé assassiné, de là déposé à la Morgue (remarquez que, depuis que les philanthropes ont supprimé les tours des hospices d’enfants trouvés—on dépose, il est vrai, moins d’enfants aux hospices, mais beaucoup plus au coin des bornes et dans les auges des pourceaux). Pour prolonger le plaisir que la population parisienne semblait éprouver à aller voir ce cadavre, on l’a fait embaumer par M. Gannal.

M. Gannal, dont les procédés sont fort ingénieux, à ce qu’on dit,—me paraît, en outre, fort habile à exploiter la publicité; j’ai vu, dans les journaux, des lettres de lui très-curieuses dans lesquelles il prévenait les lecteurs contre les concurrents qui pourraient s’élever.—«On ira ailleurs, si l’on veut, dit-il; on s’adressera à quelque autre, mais qu’arrivera-t-il?—On sera très-mal empaillé, voilà tout.»—M. Gannal n’y tient pas.—S’il vous avertit, c’est dans votre intérêt.—Voulez-vous être très-mal empaillé?—Allez ailleurs.

4.—Je ne vous parlerai que pour mémoire de la représentation des dames bienfaisantes, qui a eu lieu hier au théâtre de la Renaissance. M. Panel avait une extinction de voix. Le monsieur qui jouait le rôle de Saint-Mégrin s’est jeté à genoux avec une telle violence, qu’il a fait craquer le plancher.—Les chœurs ont été cahin-caha.—La musique de M. Flottow est pâle, incolore et ennuyeuse.—Il l’a vendue 2,000 francs aux Polonais;—charité bien ordonnée commence et finit par soi-même.—On a tant parlé de cette représentation, qu’il serait ennuyeux d’en faire un long récit. Je dirai seulement que je ne comprends pas qu’un mari permette à sa femme de se placer dans une position où il ne pourrait pas demander raison d’une insulte qu’on lui ferait.

—Après la représentation, cent cinquante personnes ont demandé sans façon à souper à M. de Castellane.—On s’est rendu à l’hôtel, quelques-uns en voiture, les autres à pied,—en costume de Henri III.—Les maris ont été exclus du souper comme des coulisses,—où, assure-t-on, il se serait passé des choses bizarres.