Chez le roi,—un cocher est payé cent francs par mois,—c’est-à-dire vingt-cinq ou trente francs de moins que dans les bonnes maisons.—Quelques palefreniers n’ont que quarante-cinq francs.—J’en sais un qui a quitté la maison du roi pour entrer chez un marchand de chevaux.
Les meilleurs chevaux du roi proviennent de l’ancienne liste civile, et ceux qui existent encore sont très-vieux. Je ne compte pas les animaux envoyés par Abd-el-Kader, estimés un écu la pièce.
En 1830, le bey de Tunis envoya au duc d’Angoulême un cheval d’une grande beauté, appelé Pacha.—Ce cheval n’arriva à Paris que le 20 juillet 1830, et ne fut pas inscrit sur les contrôles des écuries.—Après la Révolution, M. de Guiche chargea Landormy père de le vendre pour le duc d’Angoulême.—Il fut acheté par le roi Louis-Philippe: s’il vit encore, c’est le seul beau cheval du roi.—Mais il n’a pas moins de dix-huit ou vingt ans.
Le roi Louis-Philippe, comme l’empereur Napoléon, ne monte que des chevaux connus en Normandie sous le nom de bidets d’allure et que l’on paye de mille à douze cents francs.—Mais l’empereur avait de magnifiques attelages.
Sous Charles X,—les chevaux de réforme se vendaient quinze cents francs.—Quand on vend les chevaux réformés des écuries de Louis-Philippe, jamais leur prix ne s’élève à cinq cents francs. On en vend soixante-dix, soixante francs, et quelquefois même quarante et trente francs.—De sorte que la veille de la réforme le roi se trouve avoir été mené par des chevaux d’une valeur de trente francs.—En 1834,—le marquis de Strada a acheté pour le roi, à la foire de Caen, un cheval qui avait été refusé en dépôt de remonte pour les dragons.
Il y a quelque temps, aux écuries du Roule,—M. de Montalivet remarqua un cheval taré dans les nouvelles acquisitions du marquis de Strada,—cheval dont un palefrenier disait à demi-voix: «En voilà un dont je ne donnerais pas un œuf dur.—Monsieur le comte, dit M. de Strada,—j’ai acheté ce cheval d’un pauvre paysan dont le sort m’a fait pitié.—Monsieur le marquis, répliqua M. de Montalivet, il fallait lui donner cinq cents francs de la part du roi et lui laisser son cheval.
Les marchands de chevaux de Paris—ont fait présenter au roi, par le général Durosnel, une supplique contre M. de Strada, qui décourage les éleveurs de Normandie en n’achetant presque, pour les écuries royales, que des chevaux étrangers.—Elle paraît n’avoir pas été prise en considération; car on n’a pas renvoyé l’écuyer ordinaire du roi à la barrière des Bons-Hommes, où il a été contrôleur entre deux fortunes.
La préfecture de police, très-sévère aujourd’hui à l’égard des voitures publiques, exige la réforme des chevaux dont l’âge, les forces ou l’apparence ne sont pas convenables.—Je ne sais comment les chevaux du roi soutiendraient un pareil contrôle.
Le duc d’Orléans a peu de chevaux,—trente ou quarante,—mais ils sont généralement assez beaux, et ses écuries sont parfaitement tenues.
Je ne compte pas parler aujourd’hui des haras, dont j’aurai un jour ou un autre d’assez curieuses choses à dire.—Je raconterai seulement qu’au mois d’octobre 1835 (je crois), comme on allait vendre au haras du Pin les chevaux de réforme, on apprit tout à coup que M. Thiers allait arriver.—On songea alors que les écuries ne contenaient pas le nombre de chevaux exigé par le règlement et par le budget,—et on fit rentrer deux des réformés, qui restèrent au haras.—L’un des deux était cornard, et l’autre n’avait jamais produit.