12.—On parlait de la mort de M. de P., qui s’est brûlé la cervelle par amour pour une femme très-laide.—Une jolie femme dit à ce sujet: «Décidément je suis jalouse des laides, il n’y a qu’elles qui inspirent de telles passions.—Sans doute, répondit-on, leurs amants sont toujours si malheureux,—même d’être heureux.»
13.—Le philosophe Cousin sacrifie quelquefois aux grâces, selon le précepte de son maître.—Avant d’arriver au ministère, il avait exigé de M. Villemain une pension pour madame Colet, née Revoil,—qui a remporté dernièrement le prix de poésie à l’Académie française, et qui a eu tant de chagrin de ce qu’on ne lui a pas permis de lire elle-même ses vers.
Comme M. Villemain faisait des objections, le philosophe Cousin s’écria: «Elle est si belle!»
Arrivé au ministère, il a augmenté la pension.
Pendant ce temps, M. Villemain, moins sensible aux charmes d’une beauté,—que, soit dit en passant, je ne reconnais pas,—donnait des preuves de la gratitude de son estomac; il accordait une pension à M. Droz, chez lequel il a l’habitude de faire de très-beaux et de très-bons dîners.
—Je ne puis trouver le courage de refuser un peu d’argent aux divers mendiants qui se présentent chez moi.—Je reçois une lettre d’un de ces messieurs, dans laquelle il me semble se moquer de moi au point de n’avoir pas changé dans sa circulaire, faite probablement l’hiver dernier, une phrase qui s’accorde peu avec les vingt degrés de chaleur qu’il fait aujourd’hui.
—Voici la lettre:
«Monsieur, daigné permètre au soussigné, qui, par cause de maladie, se trouve sans occupation,—ayant tout sacrifié, sans vêtemens ni linge sur le corps,—mourant de frois et de faim, attains présentement de fièvres, ne sachant vous sabrité cette nuit.