Ainsi, selon les Codes, les jurisconsultes et les moralistes de tous les temps et de tous les pays, le crime le plus punissable est le meurtre.

Le vol ne vient qu’en troisième ou quatrième ligne.

Depuis l’institution du jury, cet ordre a été changé: le crime le plus effrayant, le plus horrible, le plus inexorablement puni, est le vol.

L’assassinat ne vient qu’après.

Je ne parle que de l’assassinat commis par haine ou par vengeance, l’assassinat suivi de vol est aussi sévèrement puni que si c’était un vol simple.

En effet, deux hommes sont animés d’une haine mutuelle; l’un a offensé l’autre, etc.

L’offensé ou l’offenseur tue son ennemi; cela n’est pas précisément conforme à la justice, à la morale ni aux usages, pensent les jurés, mais au fond cela ne nous regarde pas.

Et, comme je l’ai entendu dire à un de ces estimables négociants, «entre l’arbre et l’écorce, il ne faut se mêler de rien.»

C’était une affaire entre le tué et l’assassin, c’est une chose finie. Il a tué cet homme parce qu’il lui en voulait; il est mort, il ne lui en veut plus. La société (mot qui veut dire moi dans la bouche d’un juré, comme le peuple dans la bouche d’un homme politique) n’est pas menacée.

Mais on a volé un négociant (comme moi), homme patenté (comme moi), un parfumeur (comme moi), dans une rue déserte (comme la mienne); le voleur n’en voulait pas à ce parfumeur précisément, mais à l’argent. Son crime ne l’a pas satisfait; au contraire, la cause n’a pas cessé d’exister comme dans le crime précédent. La société (j’) a (ai) de l’argent, donc la société est menacée, il faut se défaire du scélérat.