29 et 30 AVRIL.—Toujours relativement à la carte à payer des consciences et des dévouements désintéressés qui ont été servis devant MM. les membres du cabinet vertueux, et pour subvenir à l’insuffisance de ses ressources rémunératrices, M. le président du conseil a mis le petit Martin auprès de M. Thomas, chef du personnel du ministère des finances.

Mais vous me demanderez ce que c’est que le petit Martin?

DESCRIPTION DU PETIT MARTIN.—Le petit Martin, que l’on désigne ainsi familièrement dans les coulisses du pouvoir, a été le secrétaire de M. Thiers dans tous les postes qu’il a occupés, même celui de boudeur de la place Saint-Georges;—il est du même pays, de la même ville, que son patron, à peu près du même âge;—il a en hauteur un pouce de moins (le flatteur!) que son auguste maître (M. Thiers s’appelle Auguste).

Le petit Martin ne devait cependant pas, cette fois, occuper cette place de confiance auprès de M. Thiers, parce qu’à leur dernière sortie du pouvoir il avait été placé à la cour des comptes, qui exige un travail et une résidence de toute la journée.—M. Barthe, président de la cour des comptes, voyant les négligences du petit Martin, a essayé, les premiers jours, de le gronder;—mais, en voyant le ministère s’affermir, M. Barthe s’est adouci et a cessé de tourmenter son référendaire.

La position du petit Martin, près de M. Thomas, a pour but de savoir les nouvelles vacances dans l’administration avant l’honnête M. Pelet (de la Lozère), sorte de Lagingeole gouvernemental que M. Thiers s’est donné pour collègue.—M. le président du conseil, averti des places vacantes, peut faire main basse dessus en faveur de ses ennemis députés ou journalistes.

En outre, M. Thiers, avant sa rentrée au pouvoir, ayant promis la place de chef de son cabinet à quinze journalistes, à vingt-cinq auditeurs, à quarante fils ou neveux de députés, a été contraint de reprendre l’ancien pour avoir un prétexte à donner aux déçus.

Ainsi occupé, le malheureux Martin ne peut sortir qu’une demi-heure par jour, et dormir que trois heures par nuit. Il faut qu’il reçoive tous ceux que le ministre ne veut pas recevoir,—qu’il parle à tous ceux auxquels le président du conseil ne pourrait parler sans se compromettre. De toutes ces fonctions, la principale est de se transporter près des ministres pour leur porter les ordres du président du conseil, et présenter à leur signature les nominations aux emplois lucratifs de leurs départements.

On me demandera peut-être quelle sera la récompense de tant de zèle et d’un dévouement si robuste. Le petit Martin aura de l’avancement à la cour des comptes, et, de plus, madame Dosne a promis de le marier.