Car un des moyens de séduction que l’on emploie en ce moment, c’est celui de faire des mariages.—Madame Dosne tient bureau ouvert et agence matrimoniale. Comme elle a eu la main heureuse, il n’est pas une mère qui ne soit prête à accepter un gendre de sa main. Plus généreuse que MM. Willaume, de Foy, et autres agents spéciaux pour les mariages,—madame Dosne n’exige, pour prix de ses bons offices,—que l’engagement, pour les maris, pères ou frères, qui arriveraient à la Chambre, de voter pour M. Thiers.—Elle a promis,—assure-t-on,—de trouver une femme avec dot et beauté, pour le jeune conseiller d’État, M. d’Haubersaert, que sou nez rouge a jusqu’ici fait refuser par plusieurs héritières.

A voir, dans les luttes ministérielles,—les places et l’argent pour but unique et l’administration abandonnée aux commis,—on s’étonne que les choses n’aillent pas encore plus mal qu’elles ne vont.

En effet, un ministre ne s’occupe que de rester au ministère,—et il est renversé avant d’avoir pu prendre la moindre connaissance de son département:—ce qui fait que les affaires réelles vont encore à peu près, c’est que la vieille machine administrative de l’Empire était très-solidement construite et qu’elle subsiste encore.—Les ministres sont comme des chiens dans un tourne-broche, il suffit qu’ils remuent les pattes pour que tout aille bien:—que le chien soit beau ou laid,—qu’il ait ou n’ait pas d’intelligence,—la broche tourne et le dîner est à peu près mangeable.

Mais la machine se rouille fort et ne peut tarder à se détraquer, c’est alors que nous serons en plein gâchis.

1er MAI.—La fête du roi a été ce qu’elle est tous les ans.—Le bourgeois de Paris, qui nomme des députés pour qu’ils exigent des économies, a trouvé le feu d’artifice mesquin;—le bourgeois de Paris veut à la fois la plus stricte économie et la plus grande magnificence. Les chefs des différents corps de l’État ont fait au roi le même discours qu’ils font depuis dix ans, et que beaucoup d’entre eux ont fait à l’empereur Napoléon et aux deux monarques de la Restauration. Il est impossible de voir des phrases plus creuses par le fond et plus ridicules par la forme que celles adressées à Louis-Philippe par ces honorables personnages.—Nous dirons en passant à M. Pasquier, président de la Chambre des pairs, qu’il n’est d’aucune langue de dire,—qu’une source se puise, ainsi qu’il lui est arrivé de le dire dans son discours au roi.

Nous dirons à M. Séguier—qu’il est un peu trop bucolique, pour un premier président de cour royale, de montrer les princesses «préparant des festons pour les princes,» et que «des princes ÉMULESE des TROPHÉESE de Mazagran» vaudraient des pensums à des écoliers de sixième.

Mais il y a quelque chose de plus triste: M. Cousin, ex-philosophe,—traducteur d’ouvrages allemands, traducteur dont on a dit: «Pour traduire, il ne suffit pas d’ôter un ouvrage de la langue dans laquelle il a été écrit, il faut encore le mettre dans une autre langue.»—M. Cousin, aujourd’hui ministre de l’instruction publique,—grand maître de l’Université,—a dit dans son discours au roi:

«Portez un moment les yeux sur les œuvres de votre sagesse qui est aussi leur gloire;» c’est un exemple d’amphigouri,—et non pas un exemplaire, comme a dit le même M. Cousin dans un ridicule discours fait la même semaine à propos de M. Poisson, que la mort a enlevé à la science:—«M. Poisson était l’exemplaire vivant de cette maxime.» On a remarqué dans le discours au roi de M. Cousin cette appréciation politique dont la justesse et l’audace ont paru à la hauteur des aphorismes du célèbre M. de Lapalisse:—Les citoyens un peu divisés, comme il arrive presque toujours dans les révolutions.