Ce bon M. Cousin est un assez réjouissant ministre de l’instruction publique; à la dernière séance de la Chambre des députés, voyant M. de Lamartine monter à la tribune,—il a dit: «Ah! c’est M. de Lamartine; je ne le connaissais pas.—On a rapporté le mot à M. de Lamartine qui a répondu:—«Je ne le connaîtrai pas.»
—La première représentation de Cosima, drame de madame George Sand, avait attiré une nombreuse affluence;—la pièce n’a eu aucun succès.
Il y a eu après la pièce un souper chez madame Marliani,—souper dans lequel il ne s’est pas dit un mot de l’ouvrage tombé.
La chute de M. de Balzac et celle de madame Dudevant ont été un beau triomphe pour les fabricants de mélodrames du boulevard,—MM. Francis Cornu et Anicet Bourgeois, grands écrivains de même force, dont l’un nie le style et l’autre l’orthographe.—Je suis, pour ma part, enchanté de voir ainsi punis les gens d’un talent réel et distingué qui descendent dans l’arène avec les industriels de la littérature.
Dans un théâtre, il y a au moins quinze bottiers, autant de tailleurs, trois cents marchands, quelques domestiques;—jamais il ne vous viendrait à l’esprit de lire à votre tailleur ou à votre bottier un seul de vos vers, encore moins de lui demander son avis, encore moins de le suivre en la moindre des choses.
Eh bien! quand tous ces gens sont réunis, vous tombez à genoux devant eux, vous attendez avec une anxiété mortelle ce qu’ils vont décider de votre œuvre.
Aussi, que de succès dus à la vulgarité des situations, du sentiment et du langage;—que de chutes qui n’ont pour cause que des beautés inusitées ou de nobles hardiesses! Hélas!—il faut le dire, c’est pour gagner un peu plus d’argent,—que les écrivains qui s’étaient jusqu’ici abstenus du théâtre viennent s’y compromettre aujourd’hui et y prostituer à la foule leur talent et leur réputation. Au théâtre, où tout ce qui n’est pas aussi faux que le soleil d’huile et les arbres de carton fait disparate et choque l’assemblée;—au théâtre, où la pensée, après avoir revêtu déjà la forme de l’expression qui l’amoindrit,—doit encore subir l’incarnation d’un acteur,—adopter sa figure, son geste, sa voix,—ses façons d’être et de comprendre ou de ne pas comprendre.
Si deux personnes causent avec un peu d’abandon,—une troisième qui survient fera changer la conversation. Elle deviendra immédiatement d’un tacite et commun accord, plus vulgaire et moins intime.
Chaque fois que j’ai fait un livre, il m’a toujours semblé que je le racontais à une personne,—à une seule,—que je connaissais ou que je rêvais; l’un a été fait pour Gatayes,—un autre pour l’habitante, que je n’ai jamais vue, d’une petite fenêtre fleurie que j’apercevais de la mienne;—presque tous pour C... S...,—aucun pour ce qu’on appelle le public.
Si le poëte savait bien ce qu’il fait la première fois qu’il donne son ouvrage à l’impression,—il y a en lui une sainte pudeur qui se révolterait en songeant que cette pensée qui sort de son âme et de ses veines,—il la livre et l’abandonne à tous,—et il jetterait au feu son manuscrit révélateur, il n’oserait mettre son cœur à nu devant le public.—Il y a des sentiments si délicats et si pudiques, qu’ils meurent de froid ou de honte aussitôt qu’ils sortent du cœur autrement que pour entrer dans un autre cœur qui les cache et les réchauffe.