2.—On place sur la colonne de Juillet le génie de la liberté;—c’est la consécration d’un genre d’actes glorifiés il y a dix ans, et criminels et punis aujourd’hui.—C’est le défaut des monuments:—grâce aux lenteurs du bronze,—ce qu’on avait commandé contre la branche aînée semble presque s’exécuter aujourd’hui contre celle qui lui succède.

3.—Le mari de la reine d’Angleterre exécute fidèlement ses promesses,—le parlement est content de lui.—La reine est grosse;—on a donné au prince de Cobourg un régiment,—à titre d’encouragement et de récompense.

—Voici la guerre commencée entre les Chinois et les Anglais.—J’avouerai que, jusqu’ici, les Chinois m’avaient paru un peuple aussi fantastique que les Lilliputiens de Gulliver.—Que les gens de bonne foi s’interrogent, et il s’en trouvera plusieurs qui ont partagé mes impressions.—Nous ne connaissons les Chinois que par les portraits qu’ils nous envoient sur des boîtes bizarres;—portraits ridicules, invraisemblables et hideux, qu’on ne fait pas ordinairement de soi-même.—J’avais cru qu’il n’existait de Chinois que ceux qui sont peints sur les porcelaines, sur les paravents et sur les boîtes de laque;—aussi, quand j’ai lu que l’empereur avait fait un appel à tous ses sujets,—j’ai été saisi de frayeur et je me suis hâté d’entrer dans mon cabinet pour voir si ces bonnes grosses figures ne s’étaient pas détachées de mes pots bleus et de mes boîtes dorées, et n’avaient pas disparu subitement pour aller obéir aux injonctions de leur souverain.

4.—Voyez cependant comme on est quelquefois trompé:—il n’y a sorte de chose que je ne me sois laissé dire sur M. Cousin.—On m’avait raconté que, malgré les frais de représentation qui lui sont alloués au ministère, il n’y donne pas de dîners,—ou les donne si mauvais, que personne ne s’y laisse prendre deux fois;—que la vieille gouvernante qu’il avait à la Sorbonne l’a suivi au ministère, où elle continue à tenir sa maison dans des idées d’ordre auxquelles la malveillance se plaît à donner un autre nom.

On m’avait raconté que M. Cousin, qui est assez mal élevé, avait manifesté une arrogance de mauvais ton à l’égard des hommes de lettres et des académiciens;—qu’on lui avait demandé, sur les sommes affectées à cet emploi, un secours pour un écrivain malheureux et qu’il avait répondu brutalement: «Je ne donnerai rien; ces gens-là m’ennuient;»—que, rencontrant M. de Pongerville, l’académicien, sur le pont des Arts,—il lui avait dit:—«Il n’y a que vous, monsieur, dont je n’aie pas reçue la visite.—Cela vient, monsieur, aurait répondu M. de Pongerville, de ce que j’attends la vôtre.»

Eh bien! toutes ces choses et une foule d’autres qu’on m’avait racontées,—toutes ces choses, après des informations scrupuleusement prises, se sont trouvées être parfaitement vraies; mais ce qu’on ne m’avait pas raconté d’abord et ce que le hasard m’a fait découvrir depuis, c’est la touchante sollicitude de M. Cousin pour la littérature.—La chose, il est vrai, ne s’applique qu’à une seule personne;—mais il n’y a aucun doute à former que M. Cousin ne soit prêt à se conduire de même à l’égard de tout autre personnage littéraire qui se trouverait dans le même cas. Ab uno disce omnes.

Il s’agit de madame C***, née R***, qui a obtenu un prix de poésie à l’Académie, et qui, ne se trouvant pas assez en évidence—par la lecture de ses vers,—sa présence dans l’assemblée, et la proclamation de son nom,—demanda avec tant d’instances à lire elle-même la pièce victorieuse.