11.—Une démarche officieuse, qu’a faite auprès de moi un de mes amis, qui est aussi l’ami d’un autre, me donne occasion de traiter en peu de mots une question assez grave.

La vie privée doit être murée.

Cette muraille tant réclamée pour la vie privée, chacun la demande pour soi, et personne ne la souffre pour les autres.

On s’en sert comme le chien de Montargis de son tonneau où il se réfugiait après avoir mordu.

Pour l’homme qui cache sa vie dans l’herbe, qui est heureux tout bas, pour l’homme qui vit solitaire, dont le bonheur est le soleil, dont l’ambition est l’ombre des arbres et le parfum des fleurs, l’homme dont toute la vie est un amour pour une idée, pour une pensée, pour une fleur, pour une manie, celui-là a droit à la vie privée; mais l’homme qui fait tout pour rendre sa vie publique, l’homme qui fait du bruit pour se faire entendre, l’homme qui monte sur tout pour se faire voir,—je ne sais pas ce que celui-là appelle sa vie privée.

Un député, par exemple, a-t-il une vie privée? un homme qui, pour satisfaire ses passions, peut vendre tous les intérêts d’un pays.—N’a-t-on pas le droit de surveiller ses passions?

12.—Comme on reprenait la discussion sur les deux sucres, et que la betterave attendait dans l’anxiété une décision qui allait la déclarer sucre ou salade,—M. de Rémusat a demandé la parole et a présenté à la Chambre un projet de loi qui ordonne la translation des restes mortels de Napoléon à Paris.

Cette proposition a été accueillie avec enthousiasme. Le bon M. Gauguier a déclaré la Chambre tellement émue, qu’il allait remettre la discussion au lendemain.—On a cependant voté sur la loi des sucres, et on a pris un parti qui n’en est pas un.—On a laissé, par une augmentation de droits, aux fabricants de sucre de betteraves la faculté de continuer à faire du sucre et des faillites. La canne triomphe, mais sans générosité; elle ne veut pas que la betterave meure tout à coup, elle la condamne à une mort lente, à une agonie convulsive.