Pardon,—si pour suivre la Chambre je suis obligé de mêler ainsi le sucre et l’empereur.—Dans l’hommage rendu à la mémoire de Napoléon,—il faut distinguer deux choses.—Je ne veux pas, par enthousiasme, tomber avec la foule des étourneaux dans les filets de M. Thiers.—Je ne veux pas, par défiance de M. Thiers, me montrer trop froid pour un acte qui ne manque ni de grandeur ni de majesté.
Comme poëte et comme philosophe, j’aimais voir le tombeau de Napoléon à Sainte-Hélène;—ce tombeau solitaire, sur un roc battu par les vents et la mer, avait une grandeur qu’on ne pourra lui donner à Paris.—Toute poésie est un regret ou un désir; le regret de cet exil après la mort, la pitié pour un homme d’un si grand caractère et d’une si grande fortune, mêlait quelque chose de tendre et d’affectueux à son souvenir.—Napoléon à Sainte-Hélène était aussi loin de nous et aussi déifié que s’il eût été dans le ciel.—C’est à la Mecque que l’on va révérer la tombe de Mahomet.—C’est à Jérusalem, sur le lieu témoin de son supplice infâme, que les chrétiens,—quand il y avait des chrétiens,—allaient adorer le Christ.
Mais, au point de vue de la nation française,—je comprends qu’elle tienne à honneur de ne pas laisser le corps de son empereur au pouvoir de ses ennemis.
Ce sera une grande et belle fête que le corps de Napoléon traversant la France en triomphe.
Mais, pour qui connaît M. Thiers, tout cela n’est qu’un moyen.—Depuis un mois, il cherchait une idée et un prétexte à l’existence de son ministère;—le conservateur ne donnait pas,—on ne pouvait pas se donner assez à la gauche;—en un mot,—selon une expression familière de M. Thiers lui-même, «ça n’allait pas,» lorsque M. Guizot écrivit de Londres qu’on pouvait faire le coup des cendres de Napoléon.
L’ambassadeur ayant tendu cette perche salutaire, M. Thiers s’en est saisi et a parlé au roi.
Le roi était d’autant mieux disposé, que cette négociation avait été sur le point de s’ouvrir sous le ministère de M. Molé.—M. Thiers écrivit à M. Guizot de hâter la conclusion de l’affaire, «de peur qu’un revirement parlementaire ne vînt donner à d’autres cette bonne fortune de scrutin.
Ç’a été l’affaire d’un conseil,—la réponse de M. Guizot est arrivée aussitôt:—ce qu’il y a de plus merveilleux, c’est que la chose a été conduite mystérieusement jusqu’au bout,—que M. Thiers, le plus bavard de tous les hommes,—qui fuit de tous côtés dans la conversation, l’a cachée même à madame Dosne et à M. Véron, et le coup de théâtre a été complet.
Mais—il y a dans le projet des restrictions qui trahissent des craintes puériles et honteuses.
On a discuté le lieu de la sépulture:—l’arc de l’Étoile,—la colonne de la place Vendôme,—la Madeleine,—les Invalides ont été mis en question; le gouvernement s’est prononcé pour les Invalides.