C’est encore un exil, c’est encore une lâcheté; on a craint de mécontenter le parti légitimiste:—Napoléon devait être enterré à Saint-Denis; parmi les rois et les gloires de la France:—à Saint Denis, où j’ai vu, il y a quelques années, le caveau qu’il se destinait à lui-même, et deux énormes portes de bronze exécutées par ses ordres pour le fermer.

Mettre Napoléon à Saint-Denis, c’était clore entièrement la parenthèse impériale, c’était placer à tout jamais Napoléon dans l’histoire, et enlever même à son nom toute action sur le présent et l’avenir. Mais ce cher petit homme de M. Thiers,—semblable aux femmes qui vont, tremblantes, demander aux tireuses de cartes de leur faire voir le diable,—a invoqué l’ombre de l’empereur pour se faire protéger par elle, et il en a eu peur le premier.

15.—Tantôt,—vers trois heures de l’après-midi, on vit un rassemblement se former tout à coup au guichet du Louvre,—du côté de Saint-Germain-l’Auxerrois.—Une femme s’agitait et se débattait contre le garde national de faction, qui la tenait par son châle et refusait de la laisser passer.—D’abord on crut que, fidèle à sa consigne, le soldat citoyen découvrait un paquet clandestin ou un chien non tenu en laisse;—on s’approche, on écoute, et on ne tarde pas à comprendre que le garde national,—marchand de quelque chose,—a reconnu dans la femme susdite une de ses pratiques,—une mauvaise pratique qui lui doit de l’argent, et le gardien et le symbole de l’ordre public lui fait une scène scandaleuse.

L’affaire s’échauffait et ne se termina que sur la menace que fit au garde national le soldat de la ligne placé au même guichet,—et qui, jusque-là, était resté spectateur silencieux du débat,—d’appeler la garde et de faire arrêter son camarade de faction.

14—On a discuté encore sur Alger;—M. Thiers a beau dire,—il est évident que le gouvernement n’a pas de système et que la guerre d’Alger se fait au hasard.

M. Valée continue à se servir de la recette qui lui a réussi à Mazagran, d’exposer une poignée de braves gens à une mort à laquelle ils ne peuvent échapper que par des prodiges; il a laissé à Cherchel, sous le commandement de M. Cavaignac, trois cent cinquante hommes qui ont eu à se défendre pendant cinq jours contre trois mille Arabes;—c’est la première fois, je crois, depuis la guerre d’Afrique, qu’une garnison se défend hors de ses murs;—les gens de Cherchel sont venus combattre dans la plaine les Arabes qui leur ont tué ou blessé cinquante hommes, mais se sont retirés après une perte très-considérable.

—On parle beaucoup de renvoyer M. Clauzel en Afrique;—on oublie vite en France. Si M. Clauzel n’a rien ajouté à sa réputation militaire dans l’expédition de Constantine,—il a jeté les fondements d’une incontestable réputation littéraire. Je me rappelle, moi, en quel style fleuri M. Clauzel racontait son désastre, et quelle délicieuse amplification des églogues de Virgile nous a value cette campagne si coûteuse en hommes et en argent.

Après son rappel,—M. Clauzel publia une brochure pour justifier sa conduite.—Achille devint son propre Homère.