Pourquoi, puisqu’on nous force de garder nous-mêmes la ville ou plutôt les guérites de la ville,—pourquoi ne nous force-t-on pas à la paver et à allumer les réverbères?—Patience, encore quelques années de liberté, et cela viendra!
DEUXIÈME MÉDITATION.—Cet emprisonnement est immoral et illégal:—immoral, en cela que c’est la réhabilitation de la prison; que, dans un temps donné, les plus honnêtes gens de Paris seront allés en prison comme les voleurs,—et que ce ne sera plus un déshonneur.
Illégal, en ce que j’ai été condamné une fois à un jour,—une fois à deux jours,—plusieurs fois à cinq jours,—mais non pas à un mois de suite;—l’intervalle qui existerait entre l’exécution comme entre les condamnations me permettrait de donner quelque temps à mes affaires et à mes plaisirs;—un mois de suite,—un malade peut prendre sans danger, par petites doses, une quantité d’opium qui le tuerait infailliblement en une seule dose.
TROISIÈME MÉDITATION.—Un rayon de soleil tombe des nuages pour me narguer;—d’ici, les pieds dans l’herbe,—la tête dans le soleil, je vois les barreaux noirs des fenêtres;—ces portes vont s’ouvrir et se refermer sur moi,—je vais être prisonnier!
QUATRIÈME MÉDITATION.—Il y a quelque chose d’effrayant dans l’entrée d’une prison; une fois que l’on me tient là-dedans, il me semble que l’on peut faire de moi ce que l’on veut; que la voix et les plaintes sont prisonnières aussi derrière les grilles,—et que rien n’empêche le geôlier de me hacher, de faire de moi un pâté que l’on mangera dans un festin patriotique, en portant des toasts à la garde nationale.
CINQUIÈME MÉDITATION.—Voici qui est sinistre,—le soleil se cache:—quelles sont les horreurs qu’il refuse d’éclairer?
Pourquoi cette prison est-elle si loin?—les bruits n’ont rien des bruits que je suis accoutumé à entendre.—Ce ne sont ni les voitures, ni les cris des quartiers que j’habite;—rien ne me prouve que suis encore en France.
A-t-on, par un raffinement de barbarie, voulu joindre aux tourments de la prison les tortures de l’exil?
SIXIÈME MÉDITATION.—C’est que j’ai déjà pourri sur la paille humide des cachots de la garde nationale;—j’ai subi une fois six heures de prison, et je me rappelle toutes mes angoisses;—j’avais le numéro 12;—mon cachot avait quatre pas de long et autant de large. Il était peint en badigeon jaunâtre,—le bas en chocolat, jusqu’à la hauteur d’une plinthe absente;—la fenêtre avait six carreaux. Il y avait un lit en fer, une table et un coffre en sapin,—une chaise en merisier.
SEPTIÈME MÉDITATION.—Pfff...