Un Anglais vient d’exécuter d’une manière neuve et originale le vol de grand chemin. Il a volé le grand chemin même.

Le docteur Delawoy, propriétaire du château de Cambden-Town, avait une cour à faire paver. Il a fait enlever par ses gens les pavés de la grand’route, dont il s’est servi pour sa cour.

Eh bien! si j’étais juré, je n’oserais pas condamner cet homme, qui a fait la seule chose neuve qui se soit faite depuis longtemps.

Beaucoup de gens se trompent ou feignent de se tromper sur l’esprit français: ils croient les Français indépendants, ennemis de tout joug, de toute autorité; ils se trompent grossièrement. Le Français est vain et fanfaron; il aime à taquiner et à braver l’autorité, mais non à la renverser. Que diable taquinerait-il après? Il aime à faire des émeutes, et il est fort étonné lorsque, dans la bagarre, il a fait sans s’en douter une révolution au profit de quelques ambitieux. Une partie de l’amour si célèbre des Français pour leurs rois vient du plaisir qu’ils ont trouvé de tout temps à faire des chansons contre eux; c’est ce qui explique la faveur dont jouit tout homme qui a des démêlés avec la police. Les grands citoyens, les hommes dits éclairés, partagent ce sentiment, l’échauffent, l’exaltent, et finissent quelquefois par en faire quelque chose d’extrêmement saugrenu. Il est excellent pour la popularité d’un homme qu’il ait été un peu sur les bancs de la police correctionnelle. Cela s’appelle persécution ou martyre, selon les articles du Code qui l’ont prévu, et l’appellent autrement.

Dernièrement un cocher de cabriolet s’est trouvé en contravention: des agents de police ont dressé un procès-verbal. C’était, il faut l’avouer, attenter à la liberté du citoyen cocher auquel il plaisait d’être en contravention. Mais il faut dire aussi que la liberté du citoyen cocher pouvait attenter à la liberté des citoyens piétons auxquels il plairait de n’être pas écrasés. Le cocher battit les sergents de ville et en blessa un grièvement. Un procès s’ensuivit. Le cocher fut condamné à des frais, qui mangèrent son cheval et son cabriolet.

M. Laffitte intervint et fit présent audit cocher d’un autre cheval et d’un autre cabriolet.

On ne lit guère en France; mais en revanche tout le monde écrit. La littérature présente un peu en ce moment le triste aspect d’un théâtre sans spectateurs.

Ceux qui ne font ni romans ni pièces de théâtre trouvent moyen d’écrire encore sous prétexte de critiquer les ouvrages des autres.