3.—Les philosophes ont peu de succès en ce moment. Tandis que M. Cousin, membre de la Légion d’honneur, sacrifie aux grâces,—M. Jouffroy, membre de la Légion d’honneur, se laisse convaincre de s’être fait donner de l’argent sous divers prétextes, dont la plupart paraissent insuffisants. Les mêmes gens qui ont crié le plus haut contre les turpitudes qu’on a dévoilées, ont voté ensuite contre une mesure qui tendait à les rendre impossibles à l’avenir.—Ce qui montre qu’il y avait plus d’envie que de vertu dans leur bruyante indignation.

Du reste, en prononçant la publicité des secours donnés aux hommes de lettres, on se serait mis dans une position difficile.—Du jour où, pour éviter que les fonds du ministère de l’instruction publique soient livrés à des appétits indignes,—on en aura abandonné la répartition à la publicité,—les hommes auxquels on veut les conserver ne les accepteront plus, et de ce moment même il ne se trouvera pour les consommer que ceux-là précisément auxquels on veut les dérober, c’est-à-dire des gens sans talent et sans pudeur.

Il faut prendre garde qu’il n’en soit de cet argent comme des hospices d’enfants trouvés,—où, comme nous l’avons déjà fait remarquer depuis la suppression des tours, c’est-à-dire du secret,—on a déposé beaucoup moins d’enfants aux hospices, mais pour en déposer beaucoup plus au coin des bornes et dans les auges des pourceaux. Deux enfants nouveau-nés ont été, hier, trouvés, dans deux quartiers différents, sur des tas d’ordures.

Le ministère de l’instruction publique est, en France, une des niaiséries les plus graves.—Le ministère n’exerce aucune influence littéraire d’aucun genre;—il n’a aucun rapport avec les hommes qui écrivent;—il ne les connaît pas. Il change les heures des classes et des récréations dans les collèges;—il fixe le maximum des pensums;—il modifie la forme des concours. Mais, pour la littérature vivante,—pour celle qui a tant de pouvoir sur les cœurs,—sur les esprits,—sur les mœurs,—il ne sait pas ce que cela veut dire.

4.—M. Arago et M. G. de Pontécoulant, tous deux chevaliers de la Légion d’honneur, savants illustres dans le monde entier, ont écrit l’un contre l’autre une brochure,—dans laquelle chacun des deux prouve clair comme le jour que l’autre est un ignorant.

5.—M. Mathieu de la Redorte,—membre de la Chambre des députés,—chevalier de la Légion d’honneur, est nommé ambassadeur en Espagne à la place de M. de Rumigny, membre de la Légion d’honneur. M. Mathieu de la Redorte est un homme fort distingué sous plusieurs rapports, et contre la nomination duquel je n’aurais rien à dire, s’il s’agissait d’une autre ambassade; mais sa qualité de parent de Joseph Bonaparte,—et la religion réformée à laquelle il appartient, rendent peu convenable sa mission auprès de SA MAJESTÉ CATHOLIQUE.

Ce témoignage de reconnaissance a fait dire de M. Thiers:—Décidément ce n’est pas un Fesse-Mathieu.