13.—Comme, hier, je sortais de la maison que j’habite, rue de la Tour-d’Auvergne, une femme m’aborde et me dit:

—Êtes-vous monsieur Karr?—je voudrais vous parler un moment.

Je m’incline en lui désignant de la main la porte de la maison.

—Non, me dit-elle, passez devant pour me montrer le chemin.

Je la salue et j’obéis. Mon domestique était sorti, je m’adresse à la portière pour avoir la clef de mon logis; à ce moment l’inconnue tire un long couteau qu’elle tenait caché dans son ombrelle et m’en porte un coup dans le dos. La portière jette un cri;—moi, d’un seul mouvement, j’avais paré le coup et saisi le couteau.

—Marie, dis-je à la portière, vous laisserez sortir librement madame,—et vous, madame, vous me permettrez de ne pas prolonger cette petite conversation.

Je la saluai et rentrai chez moi, tandis qu’elle disait: «C’est impossible, il faut qu’il ait une cuirasse.»

—Parbleu,—dis-je à Léon Gatayes,—qui arriva quelques instants après, en lui montrant le couteau:—j’ai bien raison de dire que ces femmes de lettres sont de bien mauvaises femmes de ménage; en voilà une qui vient de dépareiller une douzaine de couteaux!

—Tu te trompes, me dit Gatayes, celui-ci est le couteau à dépecer.