14.—Voici deux phrases que je trouve dans un livre que j’ai publié il y a fort longtemps:

«Il vient parfois des époques difficiles—où les hommes sérieux,—les grands politiques,—amis du trône ou amis du peuple, se disent:—Les circonstances sont graves,—le pays est en danger;—c’est le moment de dîner ensemble et de manger du veau.

»On mange,—on boit,—on parle:—bientôt arrive l’instant où tout le monde parle à la fois et où personne n’écoute;—puis, enfin,—quand on est suffisamment ivre,—on commence à traiter les questions politiques et à discuter le sort des peuples et des rois.

»On appelle ces gueuletons—banquets politiques.»

Ces phrases ont été répétées depuis par plusieurs journalistes qui n’ont pas cité l’endroit où ils les avaient prises—ce qui m’est parfaitement égal,—et, loin de me contrarier, m’a procuré le plaisir de porter ainsi à ces ripailles patriotiques un coup dont elles ne se relèveront pas.

La proposition Remilly était enterrée par la gauche, livrée à M. Thiers par M. Barrot.

Rappelons-nous que la proposition Remilly n’avait pour but que d’établir par une loi ce que ladite gauche demandait depuis si longtemps avec tant de clameurs,—c’est-à-dire, d’enlever aux ministres la possibilité de payer les dévouements intéressés. Le coup porté m’avait paru à moi-même difficile à parer. «Parbleu, messieurs; disait la proposition, voilà dix ans que vous criez contre la corruption qu’exercent les ministres; puisque vous êtes la majorité, puisque vos amis sont aux affaires, c’est le vrai moment de la rendre à jamais impossible.»

Je ne voyais rien absolument à répondre.