Ceux qui entassent de l’argent ou des honneurs pour le temps où, sans force, sans désirs, ils ne pourront plus en faire usage, me semblent des gens qui, n’ayant qu’une heure à dormir, passeraient cinquante minutes à se faire un lit bon et mou au lieu de dormir leur heure entière sur l’herbe ou sur la terre dure.
A la fin de sa vie, on découvre qu’on n’a jamais autant souffert de personne que de son ami.
La première moitié de la vie se passe à désirer la seconde, la seconde à regretter la première.
Quand on est heureux, il semble que l’on en soit fier; que le bonheur n’est pas jeté au hasard; mais que le choix que la fortune fait de vous pour vous caresser est une preuve et un témoignage de votre mérite; vous voulez faire confidence de votre félicité à tout le monde, vous l’affichez sur votre face, et vous semblez réclamer comme un droit l’amitié et la vénération, en votre qualité d’élu de Dieu, qui vous grandit et vous approche de lui par ses faveurs, par ses marques d’affection, comme fait un prince pour ses favoris! et vous êtes certain que personne ne refusera d’entrer en partage de vos joies et de vos délices.
Mais, si vous êtes malheureux, vous sentez que les arrêts de la fortune sont sans appel aux hommes; que les heureux persuaderont aux autres et se persuaderont eux-mêmes que le sort qui vous frappe est juste: car, si l’on mettait en doute la justice du châtiment, ce serait mettre en doute l’équité des caresses. Vous comprenez que les heureux accueilleront mal vos plaintes, comme le légataire universel celles du fils déshérité.